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Affaires publiques

À la veille d’une émission spéciale avec les chefs des principaux partis politiques dans la Vieille-Capitale, le maire de Québec, Bruno Marchand, demande aux différentes formations de mettre en place des mesures pour en venir à l’itinérance zéro. L’élu de Québec Forte et fière a publié une lettre ouverte sur ses médias sociaux dans laquelle il demande aux partis de s’engager pour régler cet enjeu, qui prend de plus en plus de place, notamment ici, au centre-ville.

Julie-Anne Perreault

CKIA 88,3 - IJL


« Le souhait, c’est de dire aux chefs : Engagez-vous! […] Posez des gestes qui témoignent de votre volonté, faites-le clairement », lance le maire de Québec, en point de presse devant le Manège militaire de Québec mardi.


« Et de grâce, ne passez pas ce sujet sous le tapis, il est beaucoup trop important : pour ceux qui vivent de l’itinérance, pour ceux qui en arrachent, pour les groupes communautaires, mais aussi pour les citoyens qui habitent autour », a ajouté l’élu.


Selon les données récentes, l’itinérance aurait augmenté de 20 % entre 2022 et 2025. Le maire pense aussi que le sujet est une priorité pour beaucoup de Québécois. Une étude récente témoignait aussi du sentiment de détresse généralisée chez les citoyens de la Basse-Ville, qui doivent cohabiter avec les personnes en situation d’itinérance.


Pour Bruno Marchand, régler un enjeu avec autant de ramifications que celui de l’itinérance ne peut se faire que par l’action du gouvernement provincial.


« C’est aussi un problème partout dans les villes, les communautés et les villages du Québec. […] Il est possible de changer la trajectoire du Québec, mais ça prend d’abord des gens aux élections qui s’engagent », ajoute le maire.



Il demande aussi que le dénombrement des personnes en situation d’itinérance se fasse chaque année pour assurer un meilleur suivi.


« Ce qui se mesure s’améliore. Ce qui ne se mesure pas, ça reste lettre morte et on espère ne pas sortir le rapport au mauvais moment », a lancé Bruno Marchand.


Depuis sa campagne électorale de 2021, le maire de Québec mise sur la politique d’itinérance zéro. Sa gestion du démantèlement des camps au Carré Lépine et au parc Jean-Paul-L’Allier a d’ailleurs été critiquée par certains organismes au printemps dernier.


Questionné à savoir s’il serait prêt à revoir lui-même sa propre politique municipale ou certains de ses règlements, comme celui de la paix et du bon ordre, l’élu a répondu ceci :



« Il faut que quelqu’un se mouille et que quelqu’un en parle. »

En juin dernier, un regroupement d’organismes mettait en place la campagne RELIER. Elle a pour objectif de demander des engagements clairs au gouvernement et des actions structurantes pour réduire significativement l’itinérance.


Formée de gens d’affaires, de travailleurs et travailleuses du secteur public, du milieu communautaire, académique, culturel et syndical, la campagne rassemble plus de 2 500 signataires.


Pour Odrée Couture-Bédard, directrice générale de l’Archipel Entraide et co-porte-parole de la campagne RELIER, la sortie du maire de Québec tombe à point.


« On pense qu’il y a un timing », lance-t-elle. « On est bien contents que le maire de Québec sorte, que Mme Marois se sente interpellée et tente d’interpeller d’autres personnes. »


Même si elle salue les engagements des différents partis politiques, la porte-parole déplore que la crise de l’itinérance soit souvent réduite à un seul aspect, soit la crise du logement.



Elle reconnaît que certaines annonces s’alignent bien avec les recommandations de la campagne, mais aimerait toutefois entendre parler davantage de certains aspects qui passent souvent sous silence, comme la santé globale et le revenu.


« On n’a pas l’impression qu’il y a une compréhension de l’idée qu’il y a une situation d’urgence en ce moment, mais qu’il va aussi falloir agir en prévention et qu’il faut aussi travailler sur un plan à long terme », constate Odrée Couture-Bédard.


La campagne RELIER propose notamment une série de pistes de solutions divisées en cinq axes, soit le logement, le revenu, la santé globale, les services publics et les organismes, ainsi que la planification et l’évaluation.



Photo : Marie-Noëlle Béland & Odrée Couture-Bédard, co-porte-paroles de la campagne RELIER (archives), crédit : Julie-Anne Perreault 


Vers un sommet, et plus loin encore

Jusqu’à présent, tous les partis politiques se sont engagés à participer à un Sommet sur l’itinérance, une idée qu’avait lancée l’ex-première ministre du Québec, Pauline Marois. On présente l’événement comme un rassemblement entre les villes, les municipalités, les organismes communautaires, le gouvernement et le réseau de la santé pour réfléchir collectivement à cet enjeu grandissant.

Le Parti libéral du Québec a déjà présenté ses engagements en matière d’itinérance. Le parti de Charles Milliard propose un investissement de 60 M$ de plus par année pour faire « un premier pas vers l’itinérance zéro ». Le PLQ s’engage à bonifier les services en santé mentale, le financement des ressources en itinérance et à mettre en place un meilleur accompagnement pour les jeunes qui quittent les centres jeunesse. Les libéraux promettent aussi de construire 100 000 logements par année au Québec et d’ajouter 40 000 logements sociaux et abordables d’ici cinq ans.

De son côté, le Parti québécois veut s’inspirer de la Finlande et de sa politique « Logement d’abord ». Mise en place en 2008, cette dernière a permis de faire passer le nombre de personnes en situation d’itinérance de 20 000 à 4 000. Plutôt que de miser sur une série d’étapes de soutien, ou un continuum d’aide, le PQ veut loger rapidement les personnes en situation d’itinérance, puis leur offrir les services nécessaires pour les aider à se stabiliser et à sortir de la rue. Le parti se fixe comme objectif de diminuer de 50 % le nombre de personnes itinérantes au Québec d’ici 2030, dans l’objectif éventuel d’atteindre l’itinérance zéro.

Pour Québec solidaire, la sortie de crise doit aussi passer par la mise en place d’un registre national des loyers, ce à quoi le parti s’engage. La formation a aussi l’intention de limiter la hausse des loyers à l’inflation et d’imposer 100 % des gains en capital lors de la vente d’immeubles locatifs à revenus, plutôt que 50 % comme c’est le cas actuellement. Les solidaires souhaitent aussi construire 25 000 logements sociaux et communautaires en quatre ans, en plus de sortir du marché 25 000 logements additionnels grâce à l’acquisition et à la rénovation d’immeubles privés.

La Coalition Avenir Québec (CAQ) s’engage à mettre en place un plan d’action national en itinérance. L’équipe de Christine Fréchette s’engage aussi à ajouter 1 000 suppléments au loyer (PSL) avec accompagnement pour des personnes en situation d’itinérance.

C’est hier finalement que le Parti conservateur du Québec a dévoilé ses engagements en matière d’itinérance. Éric Duhaime veut mettre fin au financement par projet des organismes communautaires, au profit d’un financement stable et prévisible. Le parti promet aussi 350 millions de dollars pour créer une cinquième faculté de médecine, qui formerait 125 médecins communautaires. Enfin, le PCQ veut améliorer l’accompagnement des jeunes de la DPJ, notamment en permettant à certains de rester en famille d’accueil jusqu’à 21 ans.

 
 

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