Devant la hausse préoccupante du nombre de personnes en situation d’itinérance, diverses organisations et organismes unissent leurs voix et lancent la campagne RELIER. À l’approche des élections provinciales, le regroupement demande des mesures concrètes de la part de tous les partis politiques. « On a besoin de porter un message collectif fort pour être entendu.», lance Marie-Noëlle Béland de l'Engrenage Saint-Roch.
Julie-Anne Perreault - CKIA 88,3
« On souhaite, ensemble, amener le gouvernement du Québec à agir sur les causes de l’itinérance », explique d’entrée de jeu Marie-Noëlle Béland, directrice générale de l’Engrenage et co-porte-parole de l’initiative. « Qu’est-ce qui fait que la société génère autant d’itinérance ? », questionne-t-elle.
La démarche, issue du centre-ville de Québec, se déploie à la fois sur le terrain et sur le web. Le site de l’initiative regroupe une dizaine de partenaires, dont l’Université Laval, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) et la Librairie Pantoute.
Pour la directrice, c’est là toute la force de la campagne : porter un message commun et faire entendre une voix collective.
« On a travaillé à porter le message le plus rassembleur possible, à partir de ce que nous rapporte cette diversité de façons d’être concernées par l’itinérance », ajoute Marie-Noëlle Béland.
La campagne RELIER réunit ainsi des acteurs des milieux universitaire, commercial, économique, culturel et communautaire. Elle a aussi rapidement trouvé écho au-delà de Saint-Roch, alors que des acteurs de La Haute-Saint-Charles et de Beauport se sont joints à la démarche.

Photo : Site web de l'initiative
Une vision d'ensemble
Les co-portes-paroles invitent la sphère politique à adopter une vision d’ensemble de l’enjeu de l’itinérance et de ses causes, plutôt que de travailler en silos.
« Actuellement, il y a plus de personnes qui basculent à la rue que de personnes qu’on arrive à soutenir pour en sortir », rappelle Odrée Couture Bédard, directrice générale de l’Archipel d’entraide et co-porte-parole du mouvement. « Le problème est plus grand que l’argent investi », ajoute-t-elle.
À l’échelle du Québec, le nombre de personnes en situation d’itinérance a augmenté de plus de 60 % depuis 2018, un chiffre qui a des impacts majeurs sur le terrain.
Les directrices rappellent également que les gouvernements ont tendance à raisonner à court terme. Les organismes doivent donc agir dans l’urgence, auprès de personnes déjà en situation d’itinérance, tout en répondant chaque jour à de nouvelles demandes d’aide.
Selon Odrée Couture Bédard, même si le gouvernement injecte parfois des sommes importantes, il faut rattraper le retard accumulé en assurant des investissements soutenus sur plusieurs années.
« Il faut agir rapidement, parce que plus tu passes du temps dans la rue, plus tu as de séquelles après, autant physiques que mentales », souligne-t-elle.
Des pistes de solutions proposées
Le regroupement propose également 15 pistes de solutions concrètes relevant de la responsabilité du gouvernement. Celles-ci touchent notamment le logement, le revenu, la santé globale, les services publics, les organismes communautaires ainsi que la planification et l’évaluation.
Parmi les recommandations, on retrouve la création d’un registre national des loyers ou encore un meilleur financement des maisons de deuxième étape pour les femmes victimes de violence conjugale. Selon les co-portes-paroles, ces éléments mènent trop souvent des personnes vers la rue.
L’initiative cible aussi les périodes de transition de la vie, où les personnes sont particulièrement vulnérables.
Sur le plan de la santé, l’initiative souligne plusieurs enjeux auxquels il faudrait accorder davantage d’attention.
« On voit énormément de maladies chroniques qui ne sont pas traitées », précise Odrée Couture Bédard. « Traiter son diabète dans la rue, ce n’est pas évident. Tu ne manges pas quand tu veux, tu ne manges pas ce que tu veux », déplore-t-elle.
« Ça va prendre quelques années, ou la situation va continuer à se détériorer », plaide Marie-Noëlle Béland. « Mais si on agit suffisamment en amont, on va voir la lumière au bout du tunnel », ajoute la directrice.
Les partenaires impliqués
Université Laval
Librairie Pantoute
Clinique Droit de cité
Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)
CKIA 88,3
Répit Basse-Ville
Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ)
Café Poké
Conseil central Québec–Chaudière-Appalaches (CSN)
Table de développement local de Beauport
