Commandée par la Ville de Québec en 2023, l’étude de cas d’Architecture sans frontières a finalement été portée à l'attention du public en 2026. Les organismes ont récemment pris connaissance du rapport qui comporte 27 recommandations visant à améliorer la cohabitation dans le quartier Saint-Roch, lieu névralgique où l'on note une augmentation marquée de l’itinérance dans l’espace public au cours les dernières années. Le REPAC et L’Engrenage commentent la sortie du rapport.
Julie-Anne Perreault
CKIA 883,3 - IJL
L'étude est claire : Architecture sans frontières recommande, entre autres, une décentralisation des ressources, l’ajout d’installations adaptées aux besoins réels des itinérants et des espaces pour le « droit d’être » . Le rapport dénonce également le recours aux forces policières, l’utilisation de design dissuasif et le démantèlement de campements. La présence marquée de l’itinérance dans le quartier se traduit aussi par un sentiment d’inconfort et de détresse généralisé chez les résidents, toujours selon l’étude.
« C’était vraiment intéressant de constater à quel point il y a des éléments qui sont communs dans ce qu’on amène comme discours, » explique Marie-Noëlle Béland, directrice générale de L’Engrenage Saint-Roch.
De passage dans l’émission Québec, Réveille!, la directrice et sa collègue, Émilie Leclerc, disaient avoir pris connaissance de l’étude après avoir déposé un mémoire dans le cadre des consultations publiques sur le Plan Saint-Roch 2026-2029. Selon elles, le rapport porte des éléments sur lesquels travaille L’Engrenage depuis des années :
Émilie, agente de mixité pour L'Engrenage, soulève également plusieurs questions sur l’habitation de l’espace et l’autogestion, également évoquées dans le rapport :
« Enfin, on sent qu’on aborde l’ensemble de la population avec une importance égale.
Marie-Noëlle Béland, directrice générale de L’Engrenage Saint-Roch
Sur la centralisation des ressources, l’organisme dit mentionner depuis plusieurs années « qu’il faut renforcer le soutien en périphérie, » tout en mettant en place des services adaptés aux besoins des personnes vulnérables.
Une étude demandée, mais oubliée
L’étude d’Architecture sans frontières, commandée par la Ville en 2023, se penche sur l’inclusion, la cohabitation sociale et à la sécurité dans Saint-Roch, dans le but de comprendre les besoins et d’amener des pistes de solutions.
Disponible sur le site de la Ville depuis le 14 janvier 2025, l’étude présente 27 recommandations pour la Ville de Québec. De passage à notre antenne la semaine dernière, la conseillère de Saint-Roch-Saint-Sauveur, Elainie Lepage, dit avoir elle-même pris connaissance des résultats de l'étude cette semaine, même si celle-ci est datée de février 2025.
Certains organismes communautaires ont été surpris d’apprendre les résultats de l’étude entre les mains de la Ville depuis si longtemps.
« C’est important que la Ville fasse preuve de transparence.»
Vania Wright-Larin, coordonnateur du Regroupement d’éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalache (REPAC)
Selon le coordonnateur du REPAC, « l’étude vient confirmer, c’est ce que répétaient les organismes communautaires depuis des mois : ça prend plus de ressources, ça ne prend surtout pas plus de forces policières, » ajoute-il.
« Pourquoi est-ce qu’on nous partage les résultats maintenant, chaque mois compte, » lance-t-il. Ce dernier avance qu’il faudrait ajouter des services et non répartir des ressources déjà existantes en plus de rappeler les besoins criants de solutions. Ce qu’il voit de positif, c’est la réflexion qui peut s’en suivre :
Alors que la Ville de Québec a alloué 20,2 M$ en sécurité, par l’ajout de 50 effectifs au service de police (7,4 M$) dans son budget en 2026, le REPAC précise qu’en plus de voir « énormément de misère, » les gens sont témoins d’une « surdose » d’opérations policières.
Les faits saillants de l’étude ASFQ
Les résultats reposent sur quatre constats, assortis de différentes recommandations.
Le premier porte sur les défis cohabitation entre des groupes aux réalités différentes dans le quartier Saint-Roch. La diversité du tissu social, entre organismes communautaires, aînés, résidents logés et personnes en situation d’itinérance (PSI), engendre des tensions et des divergences de point de vue.
Celles-ci se manifestent aussi par la présence policière sur le terrain. Le rapport indique que des employés municipaux sont parfois escortés par des agents lorsqu’ils interviennent dans des lieux fréquentés par des PSI, une situation que certains citoyens perçoivent comme contradictoire avec le discours de la Ville sur la cohabitation harmonieuse. Si cette présence rassure une partie de la population, elle génère toutefois un stress important chez les PSI, souligne l’étude.
Si cette présence rassure une partie de la population, elle génère toutefois un stress notable chez d’autres, souligne l’étude.
Pour répondre à cet enjeu, Architecture sans frontière recommande de multiplier les consultations et de rencontres des parties prenantes pour favoriser « l’inclusivité et l’équité».
L’étude propose par ailleurs une approche stratégique axée sur la valorisation des services et des infrastructures existants, afin de répondre aux obstacles et aux réserves exprimés par les citoyens dans différents dossiers.
On évoque par exemple, les installations sanitaires du Parc Jean-Paul-L’Allier, le babillard communautaire de la place Jacques-Cartier et le frigo-partage du parvis de l’église Saint-Roch sont évoqués. On souligne également que les installations de la Marina pourraient aussi faire partie de la solution.
Les citoyens logés évoquent également un sentiment d’impuissance face à la situation. L’étude suggère la mise en place de services d’appui, incluant de la formation en intervention d’urgence, des groupes de soutien et un répertoire centralisé des ressources disponibles.
Enfin, le second constat met en lumière un sentiment généralisé de détresse et de dépossession des espaces publics, les citoyens se disant dépassés par l’ampleur du phénomène de l’itinérance.
Pour mener à des expériences plus positives, ASFQ propose d’appuyer l’autodétermination et l’autorégulation, qu’ils jugent essentiels pour atténuer le sentiment de détresse. Certains aménagements suggérés pourraient favoriser l’autorégulation, qui se définit par la capacité des individus à se réguler eux-même.
Par exemple, mettre en place des toilettes accessibles 24h sur 24h, des services de buanderies et d’entreposage et construire des espaces pour se reposer. L’étude reconnaît les défis que pose l’itinérance visible aux commerçants, tout en suggérant de créer un réseau d’initiatives d’économies sociales disponibles dans le quartier.
Dans son troisième constat, l’ASFQ étudie l’environnement bâti de Saint-Roch où l'on observe l'utilisation de design dissuasif - des installations ayant pour but d’exclure ou d’empêcher des usagers perçus comme « nuisibles » d’occuper l’espace.
« Ne pas empêcher l’accès d’espace couverts » pour accéder à des espaces d'abris, modifier les bancs de certains parcs pour les rendre accessibles sont cités. Pour améliorer le sentiment d’insécurité vécus par les résidents, l’étude recommande d’améliorer l’éclairage du quartier et l’accès aux salles de bain publiques. Elle suggère aussi de prévoir une programmation d’animation d’espace et des activités inclusives dans le quartier pour amoindrir ce sentiment de peur.
Le quatrième constat s’attarde à la centralisation des services destinés aux personnes en situation d’itinérance. Ceux-ci sont fortement centralisés à Saint-Roch, tant à l’échelle de la ville que du quartier, notamment par des ressources de grande capacité regroupant plusieurs services.
L’étude recommande de mieux répartir les services destinés aux personnes en situation d’itinérance afin d’éviter de concentrer les problèmes dans un seul secteur. Elle propose aussi de créer des « espaces pour le droit d’être », où ces personnes peuvent occuper l’espace public sans être déplacées, dans le but de réduire les tensions et de répondre à l’itinérance visible.
La Ville de Québec a également présenté son analyse du rapport, disponible ici.
