Pascaline Lamare habite à Saint-Roch depuis 2024. La semaine dernière, elle a publié un texte sur Facebook pour offrir un contrepoids à la vision, très souvent présentée dans les médias, d’un Saint-Roch brisé, dangereux et difficile à vivre. Au moment d’écrire ces lignes, sa publication cumulait 462 mentions J’aime, 85 commentaires et 99 partages. Celle qui « adore vivre dans Saint-Roch » se désole du traitement journalistique que reçoit le quartier.
Julie-Anne Perreault — CKIA 88,3
« Il faut rééquilibrer le narratif et les gens pour qui ça va bien, on ne les entend pas », constate la résidente. « Le fait que mon post ait été autant partagé, ça me dit qu’il y a un besoin pour ce type de message-là », avance-t-elle.
L’idée de sa publication était de réagir à un article du Journal de Québec dans lequel on raconte l’histoire d’un citoyen de Saint-Roch qui ne se sent plus en sécurité dans le quartier. Il y avoue jeter l’éponge et quitter le secteur.
« C’est en réaction à ce type d’article qu’on voit continuellement », ajoute Pascaline. « J’en ai marre qu’on voie toujours le même narratif et qu’il soit confisqué par des gens qui ne s’impliquent pas au quotidien dans Saint-Roch », ajoute-t-elle.
Un autre indicateur qu’elle n’est pas seule à faire les mêmes observations est qu’elle n’a reçu que quelques commentaires négatifs sous sa publication. La majorité abonde dans le même sens.
On peut notamment y lire le commentaire d’une certaine Noémie, qui dit vivre « la même irritation face au narratif qui domine », avant d’ajouter que « tout le monde devrait lire ça ! »
Odette ajoute : « Merci pour votre mise au point. J’y habite et j’y travaille et je suis du même avis que vous. La flore, les oiseaux, les concerts, la bouffe, les habitants de la rue (...). La misère, certes, c’est percutant, c’est l’affaire de tout le monde; on doit interpeller, collaborer, se relier. »
Même si Pascaline et les autres résidents ne nient pas les difficultés du quartier et reconnaissent être témoins de personnes en situation de crise dans les rues, ils estiment que, bien que la situation puisse parfois être dérangeante, elle n’est pas nécessairement dangereuse.
Ce qu’elle déplore le plus, c’est la perception publique persistante et négative de Saint-Roch.
« C’est aussi montrer tout ce qu’il y a de vivant dans Saint-Roch », ajoute-t-elle, avant de mentionner l’annonce de l’Université du Québec, qui souhaite faire du secteur un quartier universitaire.
Elle souligne également la tenue de nombreux spectacles ainsi que les différents projets menés par des organismes communautaires, comme L’Engrenage, qui collabore avec des résidents du quartier.
« On n’en parle pas, de ça », se désole-t-elle.
Quant aux fermetures de commerces, Pascaline est d’avis qu’« il n’y a pas qu’à Saint-Roch que des commerces ferment ».
« Combien de personnes ont cessé de magasiner chez Benjo pour commander en ligne? » lance la résidente.
De la couverture médiatique aux réponses politiques
Avec l’arrivée du temps chaud, la présence de personnes en situation d’itinérance se fait davantage remarquer au centre-ville, remettant ainsi l’enjeu au cœur de l’actualité. Les « campements » installés au parc Jean-Paul-L’Allier, démantelés quotidiennement par la Ville de Québec, ont d’ailleurs récemment fait les manchettes.
Pour la résidente, aux premières loges de ce genre d’actions, ça symbolise qu’on cherche davantage à déplacer le problème qu’à le résoudre.

Photo : Le Service de police de la Ville de Québec procède au démantèlement du « campements » au parc Jean-Paul-L’Allier,
« De voir que la réponse, comme on le voit aujourd’hui, c’est d’envoyer des chars de police et de démanteler les campements de gens qui s’installent là pour dormir la nuit, c’est une réponse facile, à courte vue, pour faire du capital politique », croit la résidente.
Elle ajoute qu’elle aimerait voir les partis politiques faire preuve de transparence et avouer qu’ils n’ont pas toujours les solutions pour régler un enjeu aussi complexe que l’itinérance :
La semaine dernière a également été marquée par les déclarations du chef de l’opposition officielle à la Ville de Québec, Stéphane Lachance, qui comparait les personnes en situation d’itinérance à des mouffettes. Le chef de Respect Citoyens s’est par la suite excusé pour ses propos.
« À partir du moment où tu déshumanises des gens, tu entres dans un engrenage qui fait que tu ne peux pas avoir de réponse politique, à moyen ou à long terme, qui tienne compte des besoins réels des gens. » — Pascaline Lamare, résidente du quartier Saint-Roch
Elle avoue finalement que les résidents ont aussi un rôle à jouer dans la façon dont on parle du quartier et de ses enjeux.
« Si, en tant que citoyens, on n’est pas prêts à entendre ça et qu’on est toujours dans la recherche de réponses rapides, on ne changera rien », conclut la résidente.
