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Affaires publiques

Depuis mars, une nouvelle émission résonne sur les ondes de CKIA 88,3 : Les Vrai-Semblables. Pendant près de deux heures, des gens de la rue se confient sur leur réalité — de la dépendance aux préjugés, en passant par l’isolement, la violence et la survie constante. C’est celle qu’on surnomme fièrement Babyboo qui est derrière le projet. Dans un Saint-Roch fragilisé, ces confidences, parfois dures et touchantes, se terminent sur un beau moment de karaoké en direct.

Julie-Anne Perreault

CKIA 88,3 —  IJL


« Donner la parole aux gens, c’est ça que je voulais », raconte d'entrée de jeu Babyboo, qui occupe aussi le rôle d’animatrice de l’émission. C’est un tout nouveau défi pour celle qui se décrit un peu comme la « marraine du communautaire ».

« L’objectif est de leur offrir un lieu d’échange et de partage et d’y bâtir des ponts entre les intervenants et les gens de la rue. C’est très humain », explique-t-elle.

Dans cette émission en direct, les citoyens et citoyennes sont invités à prendre place en studio. Après leur avoir offert un bon café, Babyboo les amène à se confier sur leur vécu. On les entend ensuite chanter sur des airs allant de Vilain Pingouin à Avril Lavigne, en passant par Charles Aznavour et Ben E. King.

« C’est vraiment l’fun. Ils adorent ça », dit-elle en souriant.



Babyboo tire son surnom de l'héroïne américaine Betty Boop, une icône qu’elle apprécie particulièrement. Le surnom lui a été donné il y a quelques années, et c’est resté.

C’est simple : dans les rues de Saint-Roch, tout le monde la connaît sous le nom de Babyboo.

Pour notre animatrice, de son vrai nom Sonia Plante, l’émission est bien plus qu’un simple projet : elle sauve des vies. Par le passé, elle a vécu des épreuves qui ont laissé des traces profondes. En plus d’être un lieu de partage authentique, l’émission est une occasion pour elle de se concentrer et de s’ancrer. Le projet occupe son esprit, qui tente de pallier les événements traumatisants qu’elle a vécus :



« Je me suis choisie. Ça me sauve la vie de faire cette émission-là. » — Babyboo Plante

L’animatrice des Les Vrai-Semblables a elle aussi été sans domicile fixe pendant deux ans. Elle s’est retrouvée à la rue en fuyant une relation marquée par la violence conjugale. Après avoir été hébergée chez une amie, elle a trouvé refuge à la Maison Marie-Rollet, où une intervenante du milieu communautaire a rapidement pris son dossier en main.

En 2025, Sonia a survécu à une tentative de meurtre déguisée en suicide. Elle décrit ce souvenir comme une véritable descente aux enfers. Ce sont les intervenantes de la Clinique Droit de cité et de Liaison itinérance qui l’ont ramenée sur le droit chemin.

« Ce qui m’a aidée à me sortir de la rue, c’est ma fille et les organismes communautaires », se rappelle Sonia. « Je serais morte sans le communautaire », confie-t-elle.


Redonner au suivant

Celle qui agit maintenant à titre de bénévole à la Clinique Droit de cité s’était promis de redonner une place à « son monde de la rue ».

Chose dite, chose faite : elle leur offre maintenant un micro chaque semaine sur la bande FM.



« Je suis là pour faire savoir leurs droits, pour leur rappeler que le dialogue est là », précise-t-elle.

C’est il y a quelques mois que Babyboo a eu l’idée de l’émission. Elle s’est entretenue avec notre coordonnatrice de production, Marlène Bordeleau, qui lui a donné son appui immédiat. Aujourd’hui, Babyboo peut aussi compter sur l’aide de sa fille Angelica à la mise en ondes.

« Angelica est arrivée par la suite et m'a dit : “Maman, j’embarque” », raconte-t-elle. « Ça va être notre moment à nous deux, notre projet à nous deux. »

Les Vrai-Semblables est donc devenu un beau défi mère-fille sur lequel les deux femmes travaillent chaque semaine. Pour Angelica, l’idée est vraiment d’avoir du plaisir et de profiter de ces moments ensemble.

« Je le fais pour soutenir ma mère. Ça me fait sortir de ma zone de confort », souligne Angelica Plante. « J’aime encourager ma mère à développer de nouvelles compétences. »



Calmer la violence de Saint-Roch par la musique

Pour Babyboo, parler de ce qu’ils vivent à la radio redonne au monde de la rue un sentiment d’existence, celui d’être pleinement humain, et leur permet aussi de reprendre le contrôle de leur histoire en effaçant les préjugés.

Dans les dernières années, la violence et la détresse ont gagné du terrain dans le quartier Saint-Roch. Les défis de cohabitation, les crises de l’itinérance et du logement ont atteint des sommets au centre-ville, où les organismes communautaires sont saturés par les demandes d’aide.

Selon elle, la musique peut aussi faire partie de la solution.

« Je pense que la musique peut les aider. Ils perdent leur téléphone ou se le font voler », raconte-t-elle. C’est pourquoi elle caresse aussi l’idée d’amener son émission à l’extérieur et d’en faire profiter tout le monde dans la rue. « Ça peut calmer les mœurs », mentionne Babyboo.

Lors de la dernière édition de la Nuit des sans-abri, elle raconte avoir fait chanter au karaoké plus de 3 000 personnes dans la soirée — soit 45 chansons en trois heures.

« Je suis fière de faire ce que je fais, malgré mon handicap », conclut l’animatrice radio.

Babyboo invite les personnes intéressées à participer à l’émission à laisser un message au 418-529-9026, poste 44, en indiquant leur nom, les chansons qu’elles aimeraient chanter et comment les joindre.

L’émission Les Vrai-Semblables est diffusée en direct chaque mardi à 16 h à l’antenne de CKIA 88,3 et en ligne au ckiafm.org.



 
 

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