En l’espace d’un mois, 5 féminicides présumés ont déjà été recensés au Québec en 2026. Un chiffre alarmant qui témoigne d’une hausse marquée de la violence envers les femmes au cours des dernières années. Le Regroupement des groupes de femmes de la Capitale-Nationale rappelle l’urgence de répondre aux besoins criants en matière de prévention, de protection et de soutien aux victimes. L'organisation tenait une action-éclair au coin de la rue Saint-Jean et de l'avenue Honoré-Mercier aujourd'hui.
Julie-Anne Perreault
CKIA 88,3 - IJL
« On a un sentiment d’indignation et de colère parce qu’on sait que tous ces féminicides-là pourraient être arrêtés à temps si certaines mesures étaient prises en amont, » avoue Claire Murati, co-coordonnatrice du RGF-CN.
Selon elle, c’est que plusieurs signaux ou « drapeaux rouges » sont ignorés avant. Elle souligne que 54% des hommes ayant commis des féminicides en 2025 avaient déjà des antécédents judiciaires et étaient connus des services de police. D’une part, il y a des signalements qui ne sont pas toujours pris au sérieux et de l’autre, la difficulté de sortir du domicile conjugal à temps, selon la coordonnatrice.
Au Québec, les organismes tirent la sonnette d’alarme depuis un moment quant à l’accessibilité des maisons d’hébergement. Les listes d’attente débordent et on dénombre que 50% des femmes sont refusées en maison d’hébergement.
D’une violence conjugale à une violence systémique
« Il y a aussi des femmes qui se trouvent à la croisée des oppressions, » ajoute-elle. Les femmes issues de l’immigration ont souvent un permis de travail lié à leur conjoint. Le gouvernement du Canada rend disponible des permis de séjour temporaire (PST) pour les victimes de violence familiale. Par contre, des maisons d’hébergement déplorent que de plus en plus de demandes pour ces permis sont refusées et que les délais ont augmenté de 3 à 4 mois.
Ces femmes vulnérables risquent donc l’expropriation, si elles « séparent » leur permis de travail de celui de leur conjoint :
Selon la coordonnatrice, les femmes inuites comptent également parmi les plus vulnérables. La proximité étroite de leur communauté rend toute tentative d’éloignement particulièrement difficile. Le fait que l’emplacement des maisons d’hébergement soit gardé secret permet de protéger les femmes en empêchant les hommes violents de les retrouver.
« Une femme sur deux en situation de handicap qui ont vécu de la violence conjugale dans leur vie. Elles sont beaucoup plus à risque, leur conjoint est aussi leur aidant naturel. » - Claire Murati, co-coordonnatrice du RGF-CN
Pourquoi ce triste phénomène augmente ?
« L’année dernière, en 2025, on dénombrait 16 féminicides. Cette année on est déjà à 5 en un mois, » ajoute la coordonnatrice. Dans un rapport du gouvernement du Canada, on indiquait que le nombre de victimes de violence conjugale, homicide par partenaire intime, est passé de 53 en 2023 à 81 en 2024, soit une hausse de 52%. Dans un contexte de crise économique, de crise du logement, ce sont « souvent les femmes qui en vivent les conséquences de façon disproportionnée et ça va se manifester par des violences ».
« Qui dit crise veut dire facteur de stress, plus de stress amène plus de violence,» ajoute Claire, qui note également une augmentation du discours masculiniste chez les plus jeunes :
« C’est pour ça qu’on essaie de contrer les discours sexistes, parce qu’on sait que c’est la base de la violence et de la domination qu’il va avoir sur les femmes.» Claire Murati, co-coordonnatrice du RGF-CN
Ce contexte de crise, décrit par la coordonnatrice, s’ajoute à celui d’un climat marqué par la montée de la droite. L’arrêt Roe v. Wade aux États-Unis, qui garantissait aux femmes le droit à l’avortement, a d’ailleurs été annulé en 2022. Ici au Québec, plusieurs groupes de défense pour les droits des femmes dénoncent l’inscription du droit à l’avortement dans le projet de loi de constitution du Québec, présenté par le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barette. Son inscription dans une loi ouvrirait la porte à le modifier, le restreindre ou le révoquer.
Les dernières coupures budgétaires ont également eu un impact majeur selon le Regroupement, qui observe que le désinvestissement touche les personnes les plus vulnérables : les itinérants, les personnes en situation de handicap, les aînés et les femmes.
Il demande que les gouvernements réinvestissent dans les maisons d’hébergement. Il en existe deux types, de première étape et de seconde étape, qui sont «cruciales ».
La livraison de nouvelles maisons d'hébergement de deuxième étape accuse un retard important au Québec, avec 66% des unités promises en 2021 et livrées en 2025. Ces chiffres viennent de l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape (Alliance MH2).
Dans cette roue qui tourne sans fin, la coordonnatrice aperçoit, même si infime, une lueur d’espoir. Elle remarque une grande solidarité entre les femmes et une meilleure sensibilisation quant à la violence conjugale.
Les cinq féminicides présumés au Québec
Marie-Kate Ottawa, mère de famille de 39 ans, tuée par son ex-conjoint qui s’est ensuite enlevé la vie, à Manawan dans Lanaudière
Tadjan’ah Desir, 31 ans, qui aurait été poussée en bas d’un balcon par son ex-conjoint après une violente dispute, à Montréal
Mary Tukalak Iqiquq, 54 ans, qui a été tuée par son conjoint qui s’est ensuite enlevé la vie, dans la communauté de Puvirnituq au Nunavik
Susana Rocha Cruz, 44 ans, dont le corps a été retrouvée dans le fleuve Saint-Laurent, à Québec
Véronique Champagne, 40 ans, retrouvée morte dans son logement en flammes et présumément tuée par son conjoint par arme blanche, à Rougemont
