Depuis le début du mois d’octobre, des jeunes s’installent progressivement dans leur appartement du 70, rue de la Pointe-aux-Lièvres, dans le quartier Limoilou. Cette étape est une réussite pour l’organisme La Dauphine, qui travaille à la concrétisation de ce projet d’hébergement transitoire depuis de nombreuses années. Nommé l’Hôte Dauphine, cet immeuble compte 26 unités d’appartements, des salles communes et des bureaux d'intervenants. L’espace est offert aux jeunes de 17 à 35 ans qui souhaitent sortir de la rue.
Julie-Anne Perreault
CKIA 88,3 - IJL
Après plus de 6 ans de travail, l'Hôte Dauphine accueille enfin ses premiers locataires dans ce nouveau service d’hébergement transitoire. Alors que l’itinérance est en hausse partout dans la province, les jeunes ne sont pas épargnés. L’organisme soulignait ce besoin depuis des années : offrir aux jeunes un lieu de transition où ils peuvent se stabiliser, quelque part entre la rue et la vie adulte.
« On avait des intervenantes qui aidaient les jeunes à se trouver un logement, mais les jeunes revenaient toujours à la rue ou à La Dauphine parce qu’ils n’avaient pas les acquis nécessaires pour être en logement », lance Sylvie Martineau, directrice générale de La Dauphine.
« On s’est dit : “Il nous manque un maillon” », précise-t-elle.

Photo : Logement 3 ½ de la Hôte Dauphine, située dans Limoilou, crédits : Julie-Anne Perreault.
Les jeunes qui font leur entrée dans ces appartements seront accompagnés pour développer leur autonomie. L’objectif est de leur transmettre de bonnes habitudes de vie et de leur apprendre à cuisiner, à gérer un budget et à communiquer. Une cuisine commune est notamment mise à leur disposition pour leur permettre de s’initier à la cuisine.
« Ce qui me rend le plus fière, c’est de voir tous les services que La Dauphine a mis en place pour aider les jeunes et que maintenant, on les amène ailleurs », ajoute la directrice générale de l’organisme.
Comme pour d’autres logements semi-subventionnés, les jeunes paieront 25 % de leur loyer. Ils pourront également garder leurs animaux, des compagnons précieux dont la présence peut parfois compliquer l’accès à un logement ou entraîner une éviction.

Photo : L’immeuble sur la rue de la Pointe-aux-Lièvres compte plusieurs appartements 3 ½ et des studios. Crédit : Julie-Anne Perreault.
La directrice rappelle que l’une des missions de La Dauphine est d’éviter que les jeunes se « cristallisent » dans l’itinérance, d’où l’importance d’agir tôt.
« On va leur donner tout le support nécessaire pour qu’ils volent de leurs propres ailes », précise-t-elle. « L’Hôte Dauphine, c’est comme le service ultime », avoue la directrice.
Cette ressource s’ajoute à celles déjà offertes par l'organisme, dont l’établissement bien connu se trouve sur la rue d’Auteuil, dans le Vieux-Québec.
« Il faut leur donner les moyens de pouvoir rêver »
Chacun des jeunes qui fait son entrée à l’Hôte a dû passer par un processus de sélection. Une entrevue dirigée par un comité de trois personnes permettait d’évaluer leur motivation à s’impliquer et à travailler.
Les jeunes intéressés devaient ensuite s’engager à participer au Programme de participation sociale, en collaboration avec le Centre Louis-Jolliet, qui offre une série de formations destinées aux adultes.
« Il fallait qu’ils comprennent que s’ils venaient ici, ce n’était pas seulement pour avoir un logement [...] , c’était vraiment pour travailler et, dans trois ans, avoir les outils et partir avec un coffre rempli pour la vie d’adulte » , précise Natalie Lambert, coordonnatrice de l’Hôte Dauphine.
« On a des attentes envers eux et on leur offre un logement en échange », affirme-t-elle.

Photo : Natalie Lambert, coordonnatrice de l'Hôte Dauphine et Sylvie Martineau, directrice générale de La Dauphine, crédits : Julie-Anne Perreault.
Derrière ces 26 jeunes se cachent des parcours bien différents, souvent plus complexes qu’on pourrait l’imaginer. Selon la coordonnatrice, plusieurs sont marqués par des contextes familiaux difficiles, et parfois, de problèmes de consommation.
Pour certains des jeunes qui cherchaient un logement depuis des mois, être sélectionnés représentait un réel soulagement.
« La réaction générale, c’était de pleurer », lance Natalie, qui a fait partie du comité de sélection.
Au terme du processus, les jeunes signaient finalement un contrat de vie de trois ans. Ils sont suivis quotidiennement par une intervenante pivot.
À l’origine, le projet visait des jeunes de 18 à 35 ans, mais après avoir reçu des demandes de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), l’organisme a étendu l’initiative aux jeunes de 17 ans et demi. Le travail auprès de ces jeunes demandera du temps et de l’investissement : il faudra rebâtir leur confiance, tisser des liens solides et leur redonner la possibilité de rêver à un avenir meilleur.
Natalie Lambert et Sylvie Martineau constatent que les besoins de la clientèle sont en hausse. À elle seule, La Dauphine doit refuser plus de la moitié des demandes qu’elle reçoit pour son service d’hébergement d’urgence. Les deux responsables espèrent que cette nouvelle ressource permettra de répondre aux besoins grandissants, alors que les nouveaux visages sont de plus en plus nombreux.
