Une étude dévoilée cette semaine démontre que la santé mentale des élèves varie selon le type d’établissement fréquenté. Les jeunes du réseau public rapportent notamment davantage de symptômes liés à l’anxiété et certains problèmes de santé mentale que ceux du privé. Ces résultats relancent le débat sur l’école à trois vitesses au Québec. Même si l'étude a été réalisée à Montréal, qu’en est-il ici, dans le centre-ville de Québec, où cohabitent des écoles publiques, privées et différents programmes scolaires?
Julie-Anne Perreault - CKIA 88,3
« Ça va exactement dans le sens qu'on croyait et ce que nous indiquaient les expériences internationales«, lance Stéphane Vigneault, coordonnateur de l'organisme École ensemble, en réaction aux données présentées par la Direction de la santé publique régionale de Montréal.
Sans être surpris par les résultats dévoilés aujourd'hui, le porte-parole souligne que c'est très intéressant de voir la santé publique s'attarder à notre système scolaire à trois vitesses et en étudier les impacts, notamment sur la santé mentale et physique.
« On sait que l'école à trois vitesses a un effet négatif sur la performance scolaire. Le Québec a le taux de décrochage le plus élevé au Canada et on est aussi la province où il y a le plus de ségrégation scolaire, rappelle le coordonnateur.
« D'autres études commencent à paraître, c'est nouveau pour la santé publique d'analyser les données en fonction des trois vitesses de notre système scolaire, mais ça commence et c'est très intéressant », croit Stéphane Vigneault.
Dans les résultats de l'Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire, qui a été menée en 2022 et 2023, la Dre Mylène Drouin, à la tête de la Direction régionale de la santé publique (DRSP), souligne que plusieurs indicateurs liés à la santé mentale sont moins favorables chez les jeunes fréquentant le réseau public que chez ceux du privé.
Au public, 22 % des jeunes auraient reçu un diagnostic d'anxiété, de trouble alimentaire ou de dépression, alors que ce chiffre s'élève à 16 % dans le réseau privé. De plus, 42 % des élèves qui étudient au privé disent également avoir une santé mentale florissante, comparativement à 32 % au public.
L'enquête révèle aussi que les jeunes qui étudient dans le réseau public ont tendance à passer plus de temps devant leurs écrans et à avoir une moins bonne estime d'eux-mêmes. L'inverse est observé dans le privé.
Un phénomène observable à Québec ?
La Capitale-Nationale fait partie des régions du Québec où le réseau privé occupe une place importante au secondaire. Même si la Direction de la santé publique de la Capitale-Nationale a mené une étude sur la santé mentale des jeunes, ses résultats ne permettent pas de tirer à des conclusions aussi précises que celles de Montréal.
Dans l'Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire (EQSJS) 2022-2023, plusieurs phénomènes intéressants sont néanmoins observables.
On peut y lire, que, dans la région, la proportion d’élèves du secondaire « présentant une santé mentale languissante est plus élevée chez ceux qui fréquentent une école avec un statut défavorisé et chez ceux dont les parents ont une scolarité inférieure au diplôme d’études secondaires ».
Le temps d'écran est aussi en hausse chez les élèves qui fréquentent une école à statut défavorisé.
Selon les dernières mises à jour du ministère de l'Éducation, des écoles des quartiers centraux de Québec se situent au 10e rang de l'indice de défavorisation, soit le plus élevé. L'École Notre-Dame-du-Canada (Limoilou), l'École Sacré-Coeur (Limoilou) et l'École des jeunes du monde (Limoilou) s'y retrouvent notamment.
Autrement dit, les données ne nous permettent pas d'établir la distinction entre le public et le privée mais elles portent à croire que le milieu socio-économique d'un établissement scolaire pourrait avoir une influence sur la santé mentale des élèves.
Pour l'organisme, École ensemble, ces différences illustrent néanmoins les conséquences possibles d’un système où les élèves sont divisés dans différents parcours.
Photo : L'École Marguerite-Bourgeoys, à Québec. Elle figure parmi la liste des écoles qui se situent au 9e rang de l'indice de défavorisation en 2026. Crédits : Julie-Anne Perreault.
« Il faut revoir le système »
Selon le coordonnateur, deux solutions ont souvent été envisagées historiquement au Québec pour mettre fin à ce modèle à trois vitesses : la nationalisation du réseau privé ou son définancement.
« Ces deux vieilles solutions, c'est deux cul-de-sac (...) ça n'a pas fonctionné et ça ne fonctionnera jamais », lance Stéphane Vigneault.
Si l'idée de réduire le financement du réseau privé peut sembler logique à première vue, la réalité est toutefois plus complexe.
En 2022, École ensemble présentait son plan pour un réseau scolaire commun. Ce que l'organisation propose c'est d'offrir aux institutions deux statuts, soit de se conventionner ou non.
Si, par exemple, un établissement se conventionnne, il rejoindra le réseau scolaire commun, aux côtés des écoles publiques, et sera financé à 100 %.
La condition ? L'école doit abandonner toute sélection des élèves.
« C'est fini de choisir les élèves par l'argent, par les notes, les bulletins, l'ethnie, la religion ou le sexe. Si vous vous conventionnez, tout ça est terminé, vous prenez des élèves dans le bassin qu'on vous propose«, explique le responsable.
À l'inverse, dans ce scénario, les écoles qui refusent de se conventionner n'auront plus accès à aucun fond public.
« Quand on permet à des écoles de sélectionner, celles qui ne sélectionnent pas, se retrouvent avec des élèves qui ont plus difficultés scolaires, des élèves qui viennent de familles plus défavorisées et qui ont des parents moins scolarisés », rappelle-t-il.
Alors que le Québec est en pleine campagne électorale, le coordonnateur partage le souhait de la Dr Mylène Drouin et aimerait que le sujet revienne à l'ordre du jour. Stéphane Vigneault espère maintenant voir chaque parti s'engager, comme l'a fait Québec Solidaire, sur la mise en place d'un réseau scolaire commun et sur cet enjeu qu'il juge prioritaire en éducation au Québec.
Photo à la une : L'École primaire Sacré-Coeur, dans Limoilou. Elle se trouve au 10e rang de l'indice de défavorisation. Crédits : Julie-Anne Perreault.
