Rarement dans une campagne électorale avons-nous autant entendu parler des communautés immigrantes du Québec. Leur place dans notre société québécoise est au cœur des débats et certains partis vont même jusqu’à les lier directement à certains enjeux, comme la surpopulation de nos écoles et de nos services sociaux. Au-delà des faits et des chiffres, quel impact ce genre de discours a-t-il sur les principaux concernés?
Julie-Anne Perreault
CKIA 88,3 - IJL
À la fin du mois d’août dernier, le chef du Parti québécois, Paul Saint-Pierre-Plamondon, affirmait que l’immigration était responsable de la surpopulation dans nos écoles au Québec. Le chef souverainiste qualifiait au passage les politiques de la CAQ en matière d’immigration de « perte de contrôle totale ».
Au lendemain de cette déclaration, plusieurs organisations du milieu tenaient à rectifier les faits : l’immigration est l’une des causes de cet enjeu et non la cause unique.
Plus récemment, le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, affirmait vouloir faire un « ménage » chez les demandeurs d’asile qui viennent au Québec « pour profiter du système ». Le parti proposait aussi de réduire de 25 % leurs prestations d’aide sociale et de limiter leur accès aux garderies et au logement subventionné.
Après une série de déclarations qui abondent dans le même sens, une question s’impose : quel impact a ce genre de discours sur la communauté et la population québécoise?
Pour le politologue et chercheur au Collectif de lutte et d’action contre le racisme (CLAR), Maxim Fortin, la campagne actuelle est « particulièrement désolante » en ce qui concerne les propos tenus sur l’immigration.
« L’immigration ressort constamment comme un bouc émissaire. Les personnes immigrantes sont ciblées comme étant des personnes qui sont presque à l’origine de la crise du logement, du débordement des écoles, de la perte d’accès aux services, de la détérioration des services », avance le chercheur.
Selon Maxim Fortin, la façon dont on parle de la communauté dans la province est à l’image de la « détérioration » du discours ailleurs sur la scène internationale.
« Depuis 2015, on a plusieurs gouvernements, plusieurs politiciens, dont Donald Trump en premier, qui ciblent ouvertement l’immigration, qui ciblent les immigrants, qui ciblent les réfugiés et qui constamment agitent dans l’espace public l’idée que les immigrants sont une menace pour les locaux, pour les personnes qui sont natives de l’endroit », ajoute le chercheur.
L’expert précise toutefois que le contexte du Québec est particulier. Il affirme qu’en tant que société francophone et minoritaire dans un ensemble qui lui est anglophone, la peur de l’assimilation ou la peur de disparaître en tant que culture sera toujours plus présente dans la province.
Selon lui, c’est au début des années 2000, avec la crise des accommodements raisonnables, que le discours sur l’immigration a commencé à se durcir.
« Toute la polémique des accommodements raisonnables a ancré dans l’idée de plusieurs Québécois et Québécoises l’idée que maintenant, les immigrants ne font pas d’efforts pour s’intégrer et qu’ils ont des droits supplémentaires que les Québécois n’ont pas », avance-t-il.
Le chercheur mentionne aussi l’arrivée de groupes identitaires comme La Meute en 2015 et les propos qu’ils ont véhiculés dans l’espace public.
Il ajoute que ce genre de propos est en fait une politique de division, « l'un des outils politiques les plus efficaces pour aller chercher des points dans les sondages, ou encore, aller chercher des soutiens ».
« Le Québec doit se mettre à la page »
Pour le chercheur, qui s’est notamment penché sur le profilage racial et les interceptions policières à Québec, même si des événements comme la mort de George Floyd en 2020 ont ouvert les yeux de certains sur le racisme systémique, il y a encore du chemin à faire au Québec.
« On se démarque dans toute l’Amérique du Nord et de plus en plus internationalement par notre refus, par le refus de l’État québécois de reconnaître la dimension systémique du racisme », ajoute-t-il.
En plus de la reconnaissance du racisme systémique, il aimerait qu’on reconnaisse le profilage racial et qu’on se dote d’outils pour y mettre fin, notamment en interdisant les interceptions aléatoires.
Dans son Rapport de recherche sur le profilage racial à Québec, publié en octobre 2025, Maxim Fortin concluait à la nécessité de reconnaître le phénomène. La majorité des répondants disaient avoir été interpellés à plusieurs reprises par des policiers. Plusieurs de ces interventions étaient qualifiées d’hostiles et d’injustifiées.
Faut-il rappeler que les derniers mois ont aussi été marqués par des allégations de racisme systémique au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
Finalement, le chercheur se désole également de la fin du Programme de l'expérience Québécoise (PEQ) que le gouvernement de la Coalition avenir Québec a aboli.
Au-delà des débats sur les seuils d’immigration et des chiffres avancés par les partis, c’est aussi la façon dont on parle des personnes immigrantes qui est en jeu. Un discours qui, selon Maxim Fortin, contribue à diviser et nous éloigner les uns des autres.
