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Pop velours

Entrevue exclusive : Nectar Palace au Festif! de Baie-Saint-Paul

Par Meggie Lennon

À première vue, le titre Automate évoque naturellement les nouvelles technologies.

C'est d'ailleurs par là que commence la conversation avec Nectar Palace. Très vite, pourtant, les réponses débordent du sujet. L'intelligence artificielle mène aux études en musique. Les études mènent aux spectacles. Les spectacles mènent à Metallica, aux hooks de la pop et à cette étrange vulnérabilité que représentent, pour lui, les paroles.

Au fil de l'entretien, une idée revient constamment, sans jamais être formulée de la même façon : comment rester humain dans une démarche qui cherche souvent la perfection? La réponse n'arrive pas dans une réflexion sur l'IA, mais bien dans un bus rempli à craquer au Festif!

Meggie Lennon (ML) : Ton dernier EP s'appelle Automate. Dans une époque marquée par la technologie, qu'est-ce que ce mot représente pour toi?

Nectar Palace (NP) : Instinctivement, le premier chemin qui me traverse l'esprit, c'est cette envie d'optimiser mes environnements pour être plus performant. Après, c'est aussi moi qui me critique ou qui m'observe là-dedans.

C'est nerve-wracking de voir la vitesse à laquelle l'IA évolue. En même temps, je ne peux pas m'empêcher de me dire que je serais peut-être perdant si je ne l'utilisait pas du tout.

Je l'intègre  à mes systèmes de travail, mais pas à mon processus créatif. C'est davantage pour du troubleshooting, du rigging et, dernièrement, la cuisine (!).

ML : Je vais me faire l'avocate du diable. Même si ces automatismes n'entrent pas directement dans ton processus créatif, est-ce qu'ils pourraient retirer une part d'humanité à tes performances?

NP : Peut-être. Il y a justement des gens qui semblent vouloir répondre à l'IA en intégrant des éléments plus humains : des erreurs dans les enregistrements ou un son plus abrasif qui évoque un être humain qui joue, plutôt qu'une forme de perfection.

ML : C'est donc une intention consciente de ne pas tout déshumaniser?

NP : Oui. Il y a le chanteur, la voix, la présence. Moi, je peux aller vers quelque chose d'aussi électronique et automatisé que possible, mais je suis conscient qu'il faut ensuite remettre cette perfection en question, la revisiter et ajouter des components live qui nous rappellent notre humanité.

ML : Aujourd'hui, on a accès à une quantité presque infinie d'outils : des applications, des plugins, des logiciels... Est-ce que cette abondance rend la création plus libre ou, au contraire, est-ce qu'elle rend plus difficile le fait de trouver ce qui mérite vraiment notre attention?

NP : J'opterais plus pour la deuxième réponse. Même si j'aimerais croire à la première. Je pense que c'est une question de confiance. Il faut se donner une vision, ne pas trop avoir peur d'essayer des choses et juste le vivre. Ce n'est pas tant de savoir où tout ça s'en va que de trouver une formule qui te convient. Il ne faut pas trop capoter. Il faut avancer!

« Je pense que c'est une question de confiance. Il faut se donner une vision, ne pas avoir peur d'essayer des choses. »

ML : Avant Nectar Palace, il y a eu plusieurs versions de toi : le métalleux, l'étudiant en jazz, le musicien qui jouait parfois en duo, parfois en groupe, parfois dans des contextes plus corporatifs pour gagner sa vie.

Avec tout ce parcours derrière toi, est-ce que tu vois aujourd'hui ces détours comme des étapes que tu devais vivre ou comme des chemins qui t'ont simplement amené exactement où tu es?

NP : C'est un peu la question de savoir si tu écris ton destin ou si c'est le destin qui t'écrit.

Je pourrais regarder ça avec du recul et me dire : « Maudit que j'aurais gagné à faire ça plus tôt. »

Mais à quoi bon se taper dessus?

Aujourd'hui, j'accueille mon âge, mon expérience, mes outils et la manière dont je les ai acquis. Ça m'a pris tout ce cheminement-là pour comprendre que je voulais faire les choses à ma façon et construire le projet tel qu'il existe aujourd'hui.


ML : Après ton spectacle au Bus Festif!, tu m'as raconté une discussion avec une étudiante qui t'avait marqué.

NP : Oui. Je venais de terminer le deuxième spectacle. Il devait être deux heures du matin. Dans le Bus Festif!, t'es collé avec tout le monde. C'est vraiment intime.

Les gens descendaient tranquillement et une fille est venue me poser des questions sur mes pédales de guitare. Elle m'a dit qu'elle étudiait la guitare au cégep Lionel-Groulx.

Je lui ai dit que j'avais fait le cégep et l'université en musique. Puis je lui ai dit que, s'il y avait une seule chose que je referais différemment, ce serait d'accorder beaucoup plus d'importance aux shows live.

Si ce qui t'allume vraiment, c'est de créer de la musique et de jouer dans des bands, continue de jouer dans des bands. Puis va voir d'autres bands.

Moi, je me suis un peu perdu là-dedans pendant mes études. J'ai arrêté de jouer dans des bands. J'étais beaucoup trop concentré sur mes notes, sur le fait d'être bon. C'était presque devenu élitiste.

Après ton diplôme, tu t'en crisses un peu de ton examen de guitare.

Fais tes examens. Fais-toi des amis. Mais va voir des shows. 

« Fais tes examens. Fais-toi des amis. Mais va voir des shows. Puis va faire des shows. »

ML : J'aimerais qu'on parle des contradictions dans ta musique. Il y a quelque chose de très dansant, très lumineux, mais en même temps une autre couche, plus sombre, plus étrange, parfois même mélancolique. D'où vient cette tension?

NP : Je pense que ça vient peut-être des premiers actes de la French Touch, comme Daft Punk ou Justice.

Ils étaient capables de faire une musique électronique qui donnait envie de danser, mais avec une petite touche de evil ou de mélancolie. C'était équilibré d'une manière que je pouvais comprendre, consommer, puis éventuellement essayer de reproduire à ma façon.

La comparaison est peut-être un peu ambitieuse, mais c'est souvent à eux que je pense quand j'essaie d'agencer quelque chose de très dance avec une intention un peu plus dark.

« J'aime agencer quelque chose de très dance avec une intention un peu plus mélancolique. »

NP : Il y a une théorie qui dit que la musique qu'on écoute vers 16 ans reste profondément ancrée en nous toute notre vie. Moi, j'écoutais Metallica, Children of Bodom. Puis, après ça, beaucoup de West Coast hip-hop.

C'était vraiment ça qui occupait toute la place.

ML : Où est la pop dans tout ça?

NP : Un peu partout, finalement. La pop, c'est un terme parapluie. Moi, j'ai toujours aimé le songwriting pop.

J'aime la structure.

J'aime les hooks.

J'aime le narratif.

Ça ne veut pas dire que je n'aime pas les surprises, mais je trouve qu'une bonne chanson possède une cohésion.

Si on pense à une chanson comme à une histoire, la pop est une façon de ficeler cette histoire pour en faire un tout.

ML : Je trouve justement que c'est ce qu'on reconnaît dans ta musique. On reconnaît rapidement ta signature dans ces hooks.

NP : (Rires.) Plein de hooks! Merci. That's what I was going for.

« J'aime la pop! J'aime la structure. J'aime les hooks. J'aime le narratif. »

ML : Est-ce que tu préfères faire danser les gens...ou les faire chanter?

NP : (Sans hésitation) Danser.

ML: Donc, music first. Lyrics second.

NP : Ahem...dit comme ça...

ML : Moi, j'adore chanter tes paroles. Elles sont mémorables. Pendant ton spectacle dans le Bus Festif!, il y avait quelque chose qui m'a frappée. Sur certaines stories, on ne t'entendait presque plus. C'était le public qui chantait. J'ai trouvé ça vraiment touchant.

NP : Effectivement, en regardant le contenu du show après coup, j'ai comme pogné de quoi. Les paroles, c'est un peu ma bête noire. J'aime l'idée d'écrire des paroles qui sont le fun, qui permettent aux gens d'avoir une connexion avec ce que je raconte, mais c'est aussi un endroit très vulnérable pour moi. On dirait que je n'ai jamais eu envie d'y porter trop attention.

Puis là, de voir le monde chanter les paroles, même quand moi je ne chantais pas... oui, c'était vraiment touchant. Les paroles, c'est quelque chose sur lequel j'ai travaillé. Quelque chose avec lequel j'ai eu un struggle.

Alors de voir vingt personnes les chanter... je pense que c'est probablement le plus beau compliment qu'on puisse me faire, même au-delà de la musique.

« Voir les gens tripper, c'est une récompense immédiate. Mais les entendre chanter, ça vient toucher autre chose. »

ML : Est-ce que, quand tu es sur scène, tu réalises ce qui est en train de se passer dans la foule?

NP : Pas tant. Quand on performe, on est vraiment mobilisé par ce qu'on fait. On veut être juste. On veut être rythmique. On écoute notre mix, nos in-ears... On s'écoute soi-même avant d'écouter la crowd.

Puis, quand tu entends finalement la crowd, ça traverse toutes les couches d'attention que ton cerveau porte à ta propre performance.

Voir les gens tripper, c'est déjà une récompense immédiate.

Mais les entendre chanter, ça vient toucher autre chose.



ML : Qu'est-ce qui t'a le plus marqué du Bus Festif!?

NP : Le Bus Festif! existe parce qu'il y a des conditions mises en place pour rendre ça possible.

Je parlais avec Alexis, le technicien de son, qui disait qu'on est vraiment privilégiés de pouvoir faire un spectacle dans un autobus qui circule dans une ville.

Ça demande un public qui sait être festif, mais aussi respectueux. C'est plus rare qu'on pense. À Baie-Saint-Paul, ça fonctionne. Puis ça donne quelque chose de vraiment spécial.

Moi, ce qui m'a le plus fait capoter, c'est « Malcommode ».

Je suis convaincu qu'une bonne partie des gens ne connaissait pas vraiment mon projet. Puis j'ai réalisé que cette chanson-là pouvait être jouée une seule fois... et qu'avant même qu'elle soit terminée, des gens étaient déjà capables d'en reprendre le refrain. Ça me fait tripper. Parce que c'est une chanson qui est vraiment compliquée à jouer. Pas à chanter. À jouer.

ML : Je trouve que c'est peut-être la plus belle contradiction de toute notre conversation.

Tu écris des chansons qui sont très complexes à jouer...mais suffisamment instinctives pour que des gens aient envie de les chanter dès la première écoute.

NP : (Rires.) Je n'avais jamais pensé à ça comme ça. J'aime beaucoup cette idée-là.

Je ne pense pas que je vais rejouer un jour dans un autobus — à moins que Le Festif! me réinvite. Mais j'ai fait beaucoup de spectacles dans ma vie. Il y en a plusieurs qui font partie de mon palmarès. Celui-là en fait partie

C'était complètement fou.

***

Photos: Samuel Gaudreault

Un immense merci au Festif! de Baie-Saint-Paul pour l'invitation.  J'y suis allée pour réaliser quelques entrevues... et je suis repartie avec bien plus que ça. J'ai découvert des artistes que je n'aurais peut-être jamais croisés autrement, assisté à des spectacles mémorables et vécu des conversations qui n'auraient probablement pas eu la même couleur ailleurs. Il y a quelque chose d'unique au Festif!. Les entrevues se déroulent avec le fleuve en arrière-plan, les artistes prennent le temps, les rencontres se font naturellement et la musique est partout. Merci de m'avoir offert ce décor exceptionnel pour raconter ces histoires et de créer un événement où les découvertes sont aussi nombreuses sur scène qu'en coulisses.

À l'année prochaine!

 
 

Émiss
ions

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