La Ligue des droits et libertés - Section Québec lançait hier une exposition sous forme d'une bande dessinée grand format pour souligner les 50 ans de la Charte des droits et libertés de la personne. Le projet a pour objectif de vulgariser et d'éduquer le public sur ses droits fondamentaux, de façon ludique et accessible.
Julie-Anne Perreault
IJL - CKIA 88,3
Dévoilée hier lors d'une soirée de lancement au Centre Culture et Environnement Frédéric Back, la bande dessinée de la Ligue des droits et libertés (section Québec) est le fruit de plusieurs mois de travail.
« On sent quand même qu'on a atteint, avec cette BD-là, la mission qu'on s'était donnée; que ce soit accessible à un grand public et que tout le monde y trouve son compte », explique Josyanne Proteau, coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés - section Québec.
Divisée en quatre grands panneaux autoportants, la bande dessinée met en scène des personnages confrontés à des situations de la vie quotidienne et qui s'interrogent sur leurs droits. Lorsque ceux-ci sont bafoués, un personnage qui représente « la Charte » entre en scène et leur explique, de façon pédagogique, les droits qui les protègent.
« Le plus valorisant, je pense, c'est que des personnes nous ont demandé si c'était possible de la faire imprimer en format de poche pour qu'elles puissent la diffuser », se réjouit Léo Fronfrede, chargée de projet à la Ligue des droits et libertés, qui a également participé à l'élaboration de la BD.
Le projet a été réfléchi pour être exposé en bibliothèque et déjà huit établissements accueilleront la bande dessinée dans les prochains mois. L'organisation espère toutefois pouvoir étendre la présentation à plusieurs lieux publics, tels que les universités et les centres communautaires, pour rejoindre différents types de publics. La BD a d'ailleurs été affichée dans la vitrine de l'Engrenage Saint-Roch quelques semaines avant le lancement officiel.
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Photo : La BD affiché dans la vitrine de l'Engrenage Saint-Roch, courtoisie La Ligue des droits et libertés, section Québec.
Le défi de rendre le droit accessible
Pour l’équipe, l’un des principaux défis a été de sélectionner certains principes et de les vulgariser de la façon la plus claire possible. La BD s’attarde aux droits garantis par la Charte, c'est-à-dire aux libertés et droits fondamentaux, aux droits à l’égalité, aux droits politiques et judiciaires, ainsi qu’aux droits économiques et sociaux.
« Il y avait toute une partie sur les motifs de discrimination qui sont interdits par la Charte, donc, le logement, l'orientation sexuelle », cite en exemple Léo Fronfrede.
« Mais il y a aussi tout un pan sur les droits qui sont moins connus comme les droits économiques et sociaux », ajoute la chargée de projet.
Dans une période où les reculs en matière de droits se multiplient, l'organisation saisit également l'opportunité d'aller à la rencontre du public et profite du projet pour partager de l'information.
Sur l'un des panneaux, on peut voir un couple de femmes qui se rend visiter un logement affiché à louer. Lorsqu'elles cognent à la porte, l'homme sur place leur claque la porte au nez. C'est à ce moment que la Charte intervient. Elle explique aux personnages qu'en vertu des droits à l'égalité, toutes les personnes sont égales et méritent respect et dignité.
Au bas de l'affiche, sont illustrées les différentes formes de discrimination en lien avec l'âge, la langue, la religion, le sexe, etc. Le panneau résume donc le droit à l’égalité en citant, de façon simple, les 14 types de discrimination et de harcèlement interdits par la Charte.
Léo Fronfrede explique aussi que la Ligue travaille à faire la promotion des droits économiques et sociaux, puisque même s'ils sont inscrits à la Charte, ils ne bénéficient pas de la même protection juridique.
« On milite fort pour qu'il y ait une évolution et qu'ils soient inscrits, avec la même valeur, pour que les gens puissent s'en saisir devant les tribunaux », affirme la chargée de projet.
« Ce qu'on veut, c'est qu'on puisse attaquer en justice s'ils ne sont pas respectés et avoir gain de cause […] Ils ne sont pas justiciables », ajoute Josyanne Proteau.
« C'est pour ça que le droit au logement, ça serait vraiment important qu'il apparaisse comme un droit justiciable, comme ça, on pourrait rendre imputable l'État, les propriétaires », ajoute la coordonnatrice.

Photo : L'illustratrice Juliane CL devant la BD grand format, courtoisie La Ligue des droits et libertés, section Québec.
Du droit au dessin
Après avoir défini les grandes lignes du projet et les thèmes abordés dans chacun des panneaux, la Ligue a collaboré avec l’artiste Juliane CL, spécialisée dans la vulgarisation scientifique, pour donner vie à la bande dessinée.
« On s'entendait que l'idée, c'était d'outiller les gens qui allaient lire ça, qui n'étaient pas des juristes et qui n'avaient pas de formation, pour leur donner des clés de lecture pour comprendre le monde dans lequel ils évoluent », explique l'illustratrice.
L’artiste reconnaît que le projet a demandé beaucoup de temps et de collaboration, puisqu’il fallait à la fois vulgariser des notions juridiques et les rendre accessibles et, surtout, divertissantes.
« Non seulement c'est un travail de vulgarisation qui est assez difficile, parce que ce sont des sujets qui sont assez techniques […] , mais c'est aussi parce qu'il fallait garder une justesse au niveau juridique », ajoute-t-elle.
Si vous souhaitez exposer la BD de l'organisation dans vos locaux, vous êtes invités à écrire à formation@liguedesdroitsqc.org.
