Motivé par l’idée d’améliorer la qualité de l’air du quartier Limoilou, Mathieu Caron a fondé l’OBNL Emprises - espaces urbains en 2022. Planter des centaines d’arbres faisait partie d’une série d'actions concertées pour donner un élan à une Fiducie d’utilité sociale (FUS), qui a été présentée pour la première fois au Conseil de quartier de Limoilou la semaine dernière.
Julie-Anne Perreault
CKIA 88,3 - IJL
« C’était la première fois qu’on présentait la fiducie Emprises publiquement comme un projet depuis que la FUS a été lancée dans le monde officiellement », explique fièrement Mathieu Caron, le fondateur et entrepreneur social derrière l'initiative.

Photo : À son arrivée à Limoilou, Mathieu s’est joint à un groupe de citoyens actifs, mais inquiets, quant à la qualité de l’air dans les quartiers centraux. Son équipe et lui ont planté 600 arbres en trois ans. Certains sont symboliquement indiqués sur cette carte dans les bureaux d’Emprises.
Qu’est-ce qu’une fiducie d’utilité sociale ?
Une fiducie d’utilité sociale est un mécanisme juridique prévu par le Code civil du Québec. Elle vise à affecter un patrimoine à une vocation précise — sociale, religieuse ou scientifique — et à confier à des fiduciaires la responsabilité d’en administrer les biens et ce dans l’intérêt du public.
Autrement dit, elle permet de remettre des terres au service de la collectivité, notamment pour des objectifs environnementaux et écologiques. La FUS d’Emprises est la première qui vise le reboisement en milieu urbain.
Une étincelle qui a tout changé
Il y a quelques années, Hydro-Québec cherchait à se départir de trois de ses terrains contaminés dans le sud du Vieux-Limoilou, près de la rue des Sables. La Ville de Québec avait d'ailleurs refusé de les acheter. C’est l’élément déclencheur qui a mené Mathieu et d’autres citoyens impliqués à rencontrer la société d’état:
Ce modèle innovant s’accompagne inévitablement de quelques casse-têtes à résoudre. Pour l’équipe, la création de la FUS a pratiquement dû se faire à l’envers :
À savoir comment le groupe sera en mesure d’assurer économiquement la décontamination de ses terres, qui est souvent très coûteuse, Mathieu explique que « la réponse est en cours d’écriture ».
Comme la plupart des projets de reboisement étaient sur des terrains privés, personne ne pouvait garantir qu’un terrain boisé allait le rester après un changement de propriétaire, par exemple.
« D'où l'idée de la fiducie, d'où l'idée de protéger en vert foncé certaines zones où le changement de propriétaire ne pourra pas changer la donne ou le niveau de protection et de conservation. »
Mathieu Caron, entrepreneur social et fondateur d’Emprises - espaces urbains
L’équipe a également choisi de rédiger l’acte de fiducie autour de deux catégories d’actifs : les classes A et B. Les actifs de classe A sont inaliéanables, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent être vendus, tandis que ceux de classe B sont aliénables et peuvent, au besoin, être cédés.
« On ne voulait pas être en porte-à-faux face à l’immense besoin de logement social dans les quartiers centraux, » ajoute l’entrepreneur. L'organisme se donne ainsi une marge de manoeuvre pour céder les terrains si besoin est.
La chasse aux lingots
Comme la FUS d’Emprises n’était pas associée à des terrains lors de sa création, l’équipe a d’ailleurs décidé de la lier à une œuvre d’art lorsqu’ils ont passé devant la notaire.
« Ça prenait un patrimoine numéroté, on a décidé de la lier à une œuvre d’art numérotée, » ajoute-t-il.

Photo : La fiducie a fait l’acquisition d’un premier terrain en septembre dernier. Les donateurs ont reçu l’un des cinq lingots d’or réalisés par l’artiste Wartin Pantois.
L’année 2026 s’annonce donc particulièrement chargée pour Emprises, qui prévoit planter autant d’arbres que durant l’ensemble de ses premières années, en plus de dénicher d'autres terrains pouvant être redonnés à la collectivité. L'organisation envisage également d’obtenir le statut d’organisme de bienfaisance au cours de la prochaine année.
