Pop velours (R)
Par Sandrine Décarie
Coordination éditoriale, révision et mise en ligne : Meggie Lennon
Du 3 au 6 septembre, le FME a de nouveau transformé Rouyn-Noranda en terrain de découvertes, des salles du Vieux-Noranda aux ruelles et stationnements devenus scènes. Pour sa 24e édition, le festival réunissait notamment Lou-Adriane Cassidy, Les Louanges, Bon Enfant, Koriass et Choses Sauvages dans une programmation de plus de 80 concerts faisant rayonner la musique émergente d’ici et d’ailleurs. Au-delà des concerts, le FME s’est une fois de plus distingué par la proximité rare qu’il crée entre les artistes, le public et la ville qui les accueille.
Jeudi 3 septembre 2026
La soirée a commencé avec Malaimé Soleil, apparu sur scène comme un matin d’été, ou comme le café dont nous avions besoin après neuf heures de route. Déjà, je sentais l’énergie monter en moi et je comprenais que cette édition du festival serait fabuleuse et riche en découvertes.
Balaclava, ruelle du Cabaret de la dernière chance
Le FME proposait plus de 80 concerts cette année, répartis dans une quinzaine de salles et de scènes extérieures. Le festival réservait aussi quelques performances surprises, comme celle de Balaclava, un groupe punk rock garage découvert au détour d’une ruelle sombre, parmi la fumée et les graffitis. Masqués par des cagoules colorées, les musiciens new-yorkais ont livré une performance survoltée, portée par des morceaux rapides et foudroyants.
Alix Fernz, bar Pazzo
Devant un public agité, le duo interprétait des pièces de Symphonie publicitaire sous influence (2025), un album qui oscille entre new wave, rock garage et dance punk. La batterie déchaînée accompagnait une voix transformée par des pédales d’effets et des synthétiseurs vaporeux, formant devant moi un véritable cocon de fuzz et de réverbération. Alix Fernz a même raconté qu’à la sortie du concert, Juan Espitia, à la batterie, s’était effondré après avoir tout donné. J’avoue que ce concert me hante encore aujourd’hui!
VMO, sous-sol du Petit Théâtre du Vieux-Noranda
J’ai attrapé deux chansons du dernier concert de la soirée, celui de Violent Magic Orchestra, un groupe de métal et d’électro venu du Japon. Sa mise en scène, sinistre et enveloppante, était spectaculaire et plaisait même aux personnes qui frissonnent devant des rythmes aussi intenses.
Vendredi 4 septembre 2026
Dîner professionnel de la famille Bonbonbon, centre musical Sol Mineur
J’attendais avec fébrilité le dîner organisé par Alexandre Archambault, cofondateur et directeur chez Bonbonbon et LOL LOL LOL, et son invité Samuel Boisvert. Les cuisiniers se sont surpassés avec un menu créatif et coloré, aux saveurs audacieuses et recherchées. À ma table, je me régalais auprès de journalistes d’ici et d’ailleurs. Tout le monde se réjouissait de participer à cette édition du FME et de tisser des liens autour d’un bon repas!
Muhoza, salle Tomate et Pesto
Au grand bonheur des adeptes de hip-hop, de R&B et de jazz, Muhoza jouait au FME en début de soirée. On ressentait l’excitation des musiciens montréalais, qui célébraient la sortie de leur nouvel album, Prends soin de toi (2026), paru ce jour-là. À travers des mélodies chaleureuses et sensibles, leurs voix s’élevaient pour aborder des sujets comme le racisme et la précarité. Les textes sont francs et nous parviennent avec une joie contagieuse.
Mek’Dr’Dr, Petit Théâtre du Vieux-Noranda
Je traversais la foule les yeux écarquillés, de plus en plus envoûtée à mesure que je m’approchais du duo féminin post-punk de Bruxelles, qui me rappelait les B-52s, The Breeders et Björk. Tandis que Mien Heyvaert se déhanchait à la basse, Sara De Wit s’animait aux percussions, dans une forteresse d’instruments et d’objets hétéroclites encerclée de micros.
Leur chant affirmé et enjoué se mêlait aux sons malins des synthétiseurs, des cymbales et du xylophone. À bord du vaisseau Mek’Dr’Dr, le public ne pouvait s’empêcher de sourire, ébahi devant les projections colorées et rétrofuturistes ainsi que les expérimentations polyphoniques. Celles-ci allaient des jeux de chuchotements aux gags mélodiques soufflés par Sara De Wit dans la chanson « Densdensdens ». Mon concert coup de cœur du festival!
Corridor, Petit Théâtre du Vieux-Noranda
Fidèle à ses habitudes, le quintuor nous a livré une solide performance, devenue l’une des favorites de plusieurs personnes qui se sont confiées à moi. Le groupe indie rock montréalais a manifesté une grande cohésion qui n’a laissé personne indifférent, grâce à son rythme percutant, à ses voix aériennes et à ses riffs de guitare transcendants. Avec Corridor, impossible de garder les pieds au sol.
Samedi 5 septembre 2026
Barbecue Bonsound et Hélène Barbier
L’équipe du label montréalais Bonsound nous accueillait chaleureusement à son barbecue annuel du FME, organisé dans une cour luxuriante au bord du lac Osisko. J’ai retrouvé mes amies devant la piscine creusée, les joues réchauffées par le soleil et les regards tournés vers le spectacle d’Hélène Barbier. Les plus téméraires écoutaient les mélodies de Panorama (2025) dans l’eau froide, tandis que les autres vibraient au bord de la piscine, un hot-dog à la main et un paloma dans l’autre.
Je suis repartie bien heureuse de ramener le vinyle à la maison, un album indie psych rock qui s’impose par sa logique et son charme.
Mantisse, Café-bar L’Abstracto
Je me suis faufilée dans une salle pleine pour Thomas Thivierge-Gauthier, alias Mantisse, qui réconfortait les cœurs de sa douce voix. Avec sa guitare et l’ambiance conviviale du Café-bar L’Abstracto, le musicien a créé une sorte d’abri poétique dans lequel il faisait bon se déposer.
Accompagné d’Étienne Coppée au clavier, Mantisse présentait son nouvel album, Les fleurs préférées de ma mère (2026), à un public attentif, d’où s’échappaient quelques larmes et des sourires nostalgiques.
Xela Edna, Le QG
Dans un décor ténébreux, je découvrais Xela Edna et son hyperpop dark-électro. L’artiste montréalaise s’emparait de la scène avec force et sensualité pour aborder des sujets comme les standards de beauté et les comportements masculins déplacés. Avec sa silhouette parée de plumes noires et juchée sur des talons aiguilles, elle m’hypnotisait comme une lumière attire un papillon de nuit. Xela Edna est assurément un nom à retenir!
Truck Violence, stationnement du restaurant Morasse
Le groupe Truck Violence porte bien son nom, puisqu’il explose tout sur son passage. Sa musique est à la fois punk rock et doom metal, avec un chanteur qui se livre à gorge déployée et un bassiste qui a foncé tout droit vers la foule pour déclencher un mosh pit.
Une fenêtre donnait sur l’intérieur de la cantine, et c’était assez drôle d’y apercevoir une bande de policiers mangeant leurs hot-dogs tandis qu’à quelques mètres se déployait le champ de bataille de Truck Violence.
Camilla Sparksss, bar Pazzo
J’ai attrapé la fin du concert de cette musicienne canadienne établie en Suisse, qui proposait des pièces électropunk accompagnées de sa voix transperçante. J’étais loin de la scène et je ne voyais pas Camilla Sparksss, mais je l’imaginais comme un nuage froid, ou une goutte d’eau, venue m’envelopper dans un univers new wave moelleux.
Dimanche 6 septembre 2026
Suuns, ruelle du Cabaret de la dernière chance
Comme le vent ou l’ombre, Suuns est venu s’affaler sur une foule méditative et avide de son rock, tantôt doom, tantôt électro, mais toujours mené par des synthétiseurs lourds et constants. Sur le côté, des enfants dansaient, certains sur le toit de la camionnette du groupe et d’autres sur les balcons qui longeaient la ruelle. La nuit tombait doucement et je retenais mon souffle pendant que Suuns nous livrait des pièces de The Breaks (2024), un album lyrique, dark et riche en textures.
DJ Booth de Pat The Brat, sur la 7e Rue
Venu de Montréal avec une soixantaine de 45-tours, Pat The Brat nous en a mis plein la vue avec une sélection éclectique. À bord de sa machine à voyager dans l’espace-temps, le public dansait sur du rock des années 1960, de la cumbia, du reggae ou encore du jazz old school. Le mélomane est motivé par l’envie de raconter une histoire et de diversifier les genres, liés par de savantes transitions.
DJ ÉrableRiemix, structure de l’entrée principale, sur la 7e Rue
Le FME accueillait les festivités du 100e anniversaire de Rouyn-Noranda avec une soirée multidisciplinaire organisée par ÉrableRiemix, qui combinait des DJ sets, un spectacle culinaire, des projections visuelles et des numéros circassiens. Des cuisiniers préparaient des bouchées pour la foule au son de la musique et d’une narration assez loufoque.
Figurez-vous qu’un canon à popcorn arrosait un public ravi, tandis que les enfants faisaient des anges au sol, hilares de s’étendre dans le maïs soufflé.
Taxi Girls, scène Fizz
Le public débordait de tous les côtés et ne cherchait qu’à se loger dans le cocon punk rock de Taxi Girls, venues mettre le feu à la 7e Rue. Le quatuor féminin montréalais me rappelait des groupes comme Bikini Kill et Hole, avec ses riffs de guitare vibrants et ses voix puissantes, qui alternaient entre harmonies et intonations rauques. Il s’agissait d’un excellent choix pour conclure cette édition déjantée du FME.
Cette année, le festival nous en a mis plein la vue avec une programmation où plusieurs artistes associés au label montréalais Mothland occupaient une place importante. Le label continue de dénicher des talents stupéfiants, tant sur la scène locale qu’internationale. Grâce à une excellente organisation qui favorisait les découvertes et le bien-être du public, cette édition du FME restera inoubliable et prometteuse pour l’an prochain!
