Marc-André Provost, un paramédic de l’Abitibi-Témiscamingue, a parcouru plus de 250 kilomètres à pied, de Montréal à Québec, pour dénoncer la lenteur des négociations dans le secteur préhospitalier. Il est arrivé mercredi sur la colline Parlementaire, en pleine Semaine nationale des paramédics et des soins préhospitaliers, où il a été accueilli par une délégation de paramédics.
Julie-Anne Perreault
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« Ça a été dur et pénible par moments. Samedi, il a fait 32 degrés. Une chose que je n’avais pas prise en considération, c’est la chaleur du bitume », raconte Marc-André à son arrivée devant l’Assemblée nationale. « On faisait entre 35 et 45 kilomètres par jour », ajoute-t-il.
Un geste symbolique a aussi été posé par le paramédic : ses souliers de marche, qui ont parcouru plus de 250 kilomètres, ont été remis au député de Taschereau, Étienne Grandmont. L’élu de Québec remettra ensuite les souliers à la ministre responsable du Conseil du trésor, Sonia LeBel.
« C’est de faire suivre les paroles par des gestes. Le temps est tellement long. On ne peut pas rester éternellement en négociation sans convention collective », affirme Marc-André.
Les paramédics membres du syndicat CSN sont sans convention collective depuis avril 2023.
En poste depuis 15 ans, il dénonce également le manque de reconnaissance du métier de paramédic, notamment en région éloignée. Les conséquences sur la profession sont majeures :
Le Rouynorandien dénonce aussi les conditions de travail et leurs impacts sur la santé mentale des employés. « Les paramédics vont vivre, au cours de leur carrière, entre 600 et 800 chocs post-traumatiques ou événements marquants, contre un ou deux pour la population en général », déplore-t-il.
« On ne peut pas avoir des carrières de 35 ou 40 ans de service, mais ça, le gouvernement ne le comprend pas », ajoute Marc-André.
« Les professionnels, après quatre ou cinq ans, finissent par quitter la profession pour des métiers moins exigeants physiquement et psychologiquement. »
— Marc-André Provost, paramédic dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue

Les négociations sont toujours au point mort
« Il n’y a pas de volonté, de l’autre côté, de régler notre convention », lance Jonathan Roberge, membre de l’Association des travailleurs préhospitaliers de Québec (ATPH), qui siège également au comité national de négociation.
« Dès qu’on parle du volet salarial ou des conditions de travail, chaque fois qu’on essaie d’avancer d’un pas, eux reviennent en arrière », déplore le paramédic.
Claude Lamarche, président du Syndicat du préhospitalier-CSN (Urgences-Santé) et membre du comité national de négociation, ajoute qu’en 2024, le Front commun de la fonction publique a réglé sa convention collective. Même si la CSN a déposé ses demandes au début de cette même année, le dossier n’est toujours pas réglé en date du 20 mai 2026.
Celui qui représente 3 300 paramédics membres de la CSN partout au Québec explique qu’à la dernière convention, en 2022, une avance salariale de 5 % était prévue.
Selon le porte-parole, le gouvernement propose maintenant de « retirer cette avance salariale ».
« Moi, je commence ma 37e année. Offrir, en négociation, un recul salarial à des employés, c’était du jamais vu », explique Claude Lamarche. « Ils ont commencé les négociations comme ça », précise-t-il.
Les syndicats souhaitent que les paramédics obtiennent une progression comparable à celle des autres professions du réseau de la santé. « On traite les mêmes patients », ajoute le président.
Concernant les primes de nuit, Jonathan Roberge rappelle que des primes similaires ont été accordées au personnel de la santé du secteur public. « Lorsqu’on arrive à la table de négociation et qu’on demande les mêmes primes, on nous répond que ce n’est pas pour nous », ajoute le paramédic.
Pour la suite des choses, les syndicats espèrent que le gouvernement fera preuve de sérieux et d’engagement lors du prochain blitz de négociation prévu avec le Conseil du trésor, du 1er au 4 juin prochains.
