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Affaires publiques

Même si le 570, rue du Roi a les apparences d’une maison d’époque ordinaire, il a autrefois été un carrefour important pour les organismes communautaires et les groupes citoyens. À travers une série d’entretiens, de textes et la présentation d’un ciné-spectacle, le Collectif Mémoire à faire redonne vie à ce lieu mythique de la basse-ville de Québec.

Julie-Anne Perreault — CKIA 88,3 

Lorsqu’on emprunte aujourd’hui la rue du Roi, dans le quartier Saint-Roch, rien ne laisse présager le rôle important qu’a joué le 570 dans l’histoire du quartier. Autrefois, derrière cette façade se trouvait un centre névralgique pour les organismes communautaires et les groupes citoyens.

Au fil des ans, de nombreux organismes communautaires et de défense des droits ont occupé ces lieux, notamment Radio Basse-Ville (CKIA), le journal Droit de Parole, le BAIL Québec Métro (Bureau d’animation et d’information logement du Québec métropolitain), le Groupe de défense des droits des détenus de Québec (Alter Justice) et l’ACEF de Québec (Association coopérative d’économie familiale).

Les locaux ont également accueilli des militants de formations politiques, dont le Rassemblement populaire, faisant de cet édifice un important carrefour de l’engagement citoyen et de la vie démocratique.

Dès les années 1950, on y retrouve l’Assistance maternelle de Québec, un organisme qui offre du soutien aux familles dans le besoin.

Le bâtiment est acquis plus tard, dans les années 1960, par le Conseil central des œuvres de Québec. L’organisme, connu sous le nom de la Plume Rouge, est l’ancêtre de Centraide.

Le lieu devient ensuite le quartier général du Comité des citoyens de l’Aire 10 (CCR-10), un regroupement né en réaction aux rénovations urbaines que traverse le quartier Saint-Roch dès 1966. Dans le cadre des réaménagements menés par le maire Gilles Lamontagne dans les années 1970, le comité prend la défense des citoyens expropriés. Il sera actif sur plusieurs fronts de 1966 à 1981 : le logement, la pauvreté et la défense des droits, entre autres.

Toutes ces occupations ont pu être retracées grâce à un important travail de recherche archivistique, qui a permis de reconstituer l’histoire de cet édifice et de mettre en lumière son rôle dans les luttes sociales et communautaires de la basse-ville de Québec.


Photo : Le 570, rue du Roi dans Saint-Roch, crédits : Julie-Anne Perreault 


Retracer l'histoire

« Le défi, c’est toujours de croiser la recherche documentaire avec les témoignages et de voir comment l’un aiguille l’autre », raconte Simon-Olivier Gagnon, doctorant en archivistique et membre du collectif Mémoire à faire.

Ce dernier a eu l’idée de travailler sur le 570, rue du Roi alors qu’il effectuait des recherches sur le 30e anniversaire de CKIA 88,3. Un texte intitulé « Requiem pour le 570, rue du Roi » pique alors sa curiosité. Le lieu y est décrit comme le « cœur battant de nombreuses initiatives populaires ». Il se penche par la suite sur l’histoire de ce lieu mythique grâce à une bourse de Première Ovation depuis plus d’un an.

Simon-Olivier raconte que l’un des témoignages les plus marquants qu’il a reçus est celui de Réjean Lemoine. Ce dernier lui apprend qu’une certaine Monique Duval avait déjà habité ces lieux. Ce témoignage aiguillera Simon-Olivier dans ses recherches.

En plus de s’attarder aux premiers chapitres de l’histoire de cette maison, le doctorant se penche sur d’autres événements marquants du 570, comme la naissance du Comité de l’Aire 10.



« Il y avait des loyers modiques et des lieux très abordables pour y habiter, mais les maisons étaient un peu délabrées. Il y avait plein de projets de destruction plutôt que de volonté de conserver », ajoute-t-il.

Aujourd’hui, il ne reste aucune trace historique de la présence des organismes dans cette maison de la basse-ville. Sa façade craquelée témoigne du passage du temps.

« On voit qu’il reste des marques des plaques qui figuraient sur la maison, sur lesquelles étaient inscrits les différents organismes qui se trouvaient à l’intérieur », raconte Simon-Olivier. « La seule chose qui reste d’authentique est l’escalier », ajoute le chercheur, qui a eu l’occasion d’entrer dans la maison récemment.

L’immeuble accueille maintenant des logements en location de courte durée.


« Il y a plein d’endroits où on perd l’histoire des lieux, et le 570 n’y échappe pas. »

— Simon-Olivier Gagnon, doctorant en archivistique et membre du collectif Mémoire à faire



Photo : Ciné-Concert du collectif Mémoire à faire le 27 mai dernier, crédits : Julie-Anne Perreault. 


Rendre ces récits vivantes

Le projet 570, rue du Roi : Mémoires à faire vise également à faire connaître cette histoire au grand public. Des chroniques radiophoniques ont été diffusées à CKIA, tandis qu’un site web rassemblera bientôt les découvertes issues de la recherche.


Le projet prendra aussi la forme d’un ciné-spectacle mêlant archives, images, son et performance artistique, présenté au Centre Hub Créatif. Une publication imprimée accompagnera également cette démarche de transmission de la mémoire du lieu.

Photo de couverture : À gauche, Gilles Simard posant devant le 570, rue du Roi et à droite, Simon-Olivier Gagnon devant le même immeuble, 2026. Crédits : Julie-Anne Perreault


 
 

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