Vendredi dernier se tenait la 37e édition de la Nuit des sans-abri, sous le thème « Rendre visible l’invisible ». L’événement, relocalisé cette année au carré Lépine, a accueilli bon nombre de participants et d’organismes communautaires, tous rassemblés sous le froid et la pluie du mois d’octobre dans l’objectif de sensibiliser la population aux réalités des personnes en situation d’itinérance et de passer une soirée de solidarité avec elles.
Julie-Anne Perreault
CKIA 88,3 - IJL
Mary-Lee Plante, coordonnatrice officielle du Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), rappelle que l’objectif est aussi de « générer un peu d’espoir » et d’envoyer un message aux personnes qui vivent l’itinérance, afin de leur rappeler que des gens « travaillent fort pour que les choses changent ».
Bien que plusieurs initiatives soient en cours, les besoins demeurent nombreux pour renverser la tendance en matière d’itinérance, un phénomène qui prend de l’ampleur d’année en année. À court terme, la coordonnatrice aimerait qu’on soit davantage dans la bienveillance collective.
« J’aimerais qu’on soit plus à l’écoute des vécus des personnes, qu’on les prenne plus en considération, qu’on les voie au-delà de leur situation d’itinérance », lance la coordonnatrice du RAIIQ.
« Le message qu’on veut envoyer avec la Nuit des sans-abri, c’est que c’est une responsabilité collective », ajoute-t-elle.
Sur place, les gens ont pu profiter d’un repas chaud gratuit, de dons vestimentaires, mais aussi de kiosques d’échange, de sensibilisation, de prévention et de dialogue. Plusieurs organismes, tels que Point de repère, La 5e Patte et l’Engrenage, étaient sur place.
Pour sa part, l’équipe de l’organisme Droit de cité tenait un kiosque sous le thème de la judiciarisation, grâce à l’exposition L’impact humain derrière nos règlements municipaux.
Pour Florence, intervenante communautaire à la Clinique Droit de cité, l’idée de la soirée est de mettre le spotlight sur les gens qui sont invisibilisés. L’intervenante déplore toutefois la couverture médiatique qu’on fait souvent de l’itinérance.
« Certains médias vont avoir tendance à parler de l’itinérance quand on la voit sous l’un de ses mauvais jours. Nous, on parle de toutes les facettes », précise-t-elle.
Au cours de la soirée, un hommage touchant a également été rendu à ceux qui sont décédés dans la rue. Les organisateurs de l’événement ont souligné le départ de ces personnes qui nous quittent souvent dans l’anonymat, sans cérémonie. Une autre façon de rendre les invisibles « visibles ».

Un espace pour échanger
La soirée permet également aux intervenants et aux organismes de se retrouver, de partager leurs réalités sur le terrain et de discuter des défis qui persistent dans la lutte contre l’itinérance. Les inquiétudes ne cessent d’augmenter chez ceux qui côtoient ces personnes au quotidien.
« Ça ne cesse d’augmenter », lance Mario Gagnon, directeur général de l’organisme Point de repère. « J’en ai connu, mais jamais dans une situation comme ça », ajoute celui qui est dans le domaine depuis 36 ans.
« La réduction des méfaits est une approche que les gens ne comprennent pas », précise le directeur. L’organisme Point de repère offre un accompagnement en toxicomanie et en matière d’infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS). L’organisme peut notamment remettre du matériel d’injection stérile.
Cette approche de réduction des méfaits est de plus en plus remise en question, selon Mario Gagnon.
« Il y a des gens qui contestent l’idée de donner des sous à des organismes comme le nôtre », ajoute le directeur. Il souligne que l’arrivée d’un organisme dans un secteur suscite parfois des inquiétudes chez les résidents du voisinage.
Il s’inquiète d’avoir vu, ailleurs dans la province, des regroupements citoyens tenter de faire fermer un organisme comme le sien. « Il y a des causes pour lesquelles ces gens sont là, mais on ne veut plus discuter de cela », se désole le directeur.
