C’était une annonce très attendue à Québec. Le site de l’ancienne église Saint-Vincent-de-Paul laissera place à un projet d’habitation de 151 logements, financé par le programme Maison Canada. L’annonce a été faite conjointement par plusieurs ministres des différents paliers de gouvernement. Le projet s’élève à 55,7 millions de dollars.
Julie-Anne Perreault
Près de 15 ans après la démolition de l’église Saint-Vincent-de-Paul, une page se tourne dans le paysage urbain de Québec. Le projet annoncé hier est le tout premier à être financé par le gouvernement du Canada dans la province. Il comprend un CPE et une série de logements de deux pièces ou plus, afin d’y accueillir des familles.
« Après une attente de près de quatre décennies, ce site stratégique situé aux portes du Vieux-Québec, joyau de l’UNESCO, ne sera plus un espace vacant, mais un milieu de vie dynamique et inclusif pour les résidents de Saint-Jean-Baptiste. »
— Jean-Yves Duclos, député de Québec–Centre
Pour l’instant, le début de la construction est planifié pour le printemps 2027. Une période est également prévue au printemps pour décontaminer le site.
« C’est une grande victoire pour les citoyennes et les citoyens de Saint-Jean-Baptiste, qui revendiquaient depuis des décennies que ce site soit redonné à la communauté », se réjouit le maire de Québec, Bruno Marchand. « C’est aussi un geste de plus qui témoigne de notre engagement à autoriser la mise en chantier de 500 logements sociaux chaque année », ajoute-t-il.
Le projet est le fruit d’une collaboration entre la Fédération des coopératives d’habitation du Québec, le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, Action Habitation et la firme Lafond Côté.
En ce qui a trait aux prix des loyers, la majorité des logements répondront aux critères d’abordabilité, c’est-à-dire qu’ils seront inférieurs au prix médian du secteur. Une trentaine d’unités seront toutefois classées comme « abordables intermédiaires ».
Indignation pour le Compop
De son côté, le Comité populaire de Saint-Jean-Baptiste reçoit avec beaucoup d’indignation l’annonce d’aujourd’hui. D’une part, le Compop se réjouit de l’officialisation du financement du projet, mais déplore l’ajout d’une trentaine de logements « abordables intermédiaires ». Selon le comité, il s’agit d’un concept introduit par la Coalition avenir Québec pour réduire son apport financier dans un projet.
« On parle de logements qui, actuellement, tourneraient autour de 1 400 $ par mois pour un 3 et demi et de 1 600 $ par mois pour un 4 et demi. Dans un contexte où la cherté des loyers fait déjà des ravages, qui va pouvoir se payer ces logements ? », s’indigne Marie-Ève Duchesne, porte-parole du Compop.
Le comité juge également que le gouvernement va à contresens de ses propres décisions récentes pour pallier la crise du logement.
« Comment la CAQ peut-elle justifier ce choix alors qu’elle vient elle-même de déposer le projet de loi 20, qui introduit l’idée d’un revenu maximal par ménage pour pouvoir vivre dans un logement social non subventionné ? », dénonce Nicolas Villamarin Bonilla, également porte-parole de l’organisme.
Selon eux, d’un côté, il faut avoir un revenu modeste pour y accéder, mais de l’autre, les loyers sont trop élevés pour ces mêmes ménages.
« L’imposition de 20 % de logements intermédiaires est une trahison de la volonté locale par la CAQ et la SHQ. »,
— Marie-Ève Duchesne, porte-parole du Comité populaire de Saint-Jean-Baptiste
Le début de la construction sur l’îlot Saint-Vincent-de-Paul met fin à un long litige avec l’homme d’affaires Jacques Robitaille, propriétaire du terrain depuis 1998, dont le projet hôtelier n’a jamais vu le jour. Après des années de controverse, la Ville de Québec a finalement récupéré le site en 2022 pour la somme de 12 millions de dollars.
