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Cette semaine, l'émission débute avec une œuvre de Kajia Saariaho. Après avoir terminé l’opéra L'Amour de loin, elle avait senti le besoin de passer à complètement autre chose, autant dans le style que dans la langue. La pièce qui en est résultée a été en partie écrite pendant les répétitions de l'opéra à Salzbourg. Il en est résulté sept miniatures, une étude sur divers aspects du mouvement du papillon. La pièce, Sept Papillons, a été enregistrée à plus d’une reprise sur album et c’est celle toute récente de la violoncelliste Hannah Collins que nous allons entendre, provenant de l'album Resonance Lines (Label : Sono luminus). Kaija Saariaho est née en 1952 à Helsinski. On peut dire sans se tromper qu’elle est un joyau de la Finlande. À travers œuvres, elle propose une musique originale qui s’inscrit dans la lignée de la musique spectrale. Si le sujet vous intéresse, il y a un très bon article sur la musique spectrale dans l’encyclopédie Universalis que vous pouvez lire grâce aux ressources numériques de la Bibliothèque de la Ville de Québec, ou sans doute de votre bibliothèque publique si vous habitez ailleurs au Québec.

Le prochain compositeur dont je vous présente une œuvre, Detlef Heusinger, avait suivi une formation de guitare classique quand, à l'âge de 14 ans, il décide de passer à la guitare électrique, inspiré par des groupes tels Led Zeppelin et Pink Floyd. Lorsqu'il choisit de devenir compositeur,  tant ses études auprès de Henze ou de Nono que les diktats de l’avant-garde ne laissent guère de place à la pratique de la guitare électrique. Plus tard, Heusinger n’en est pas moins revenu à ses anciennes amours, mais dans une tout autre perspective : la guitare électrique y étant replacée dans le contexte historique de la musique électronique et se retrouvant donc pratiquement réinventée en tant qu’instrument. Ainsi, après la création en janvier 2019, de la nouvelle version du 3e acte de Lulu d’Alban Berg qu'il avait composé, avec l'introduction du thérémine et de la guitare électrique, il va écrire Lulu’s Dream pour guitare électrique, une œuvre qui se saisit de motifs issus de l’opéra en les concentrant et en les éclairant différemment. Dans la version que nous écoutons, Jürgen Ruck à la guitare électrique Lukas Nowok et Detlef Heusinger du SWR Experimentalstudio à l’électronique, interprètent Lulu’s Dream de l'album du même nom (Label : NEOS).

La prochaine œuvre provient de l'album Hommage à Dinu Lipatti (Label: Dreyer Gaido), une figure unique dans le panthéon des pianistes. Des trois œuvres que comprend l'album, c’est celle de la compositrice et pianiste Violeta Dinescu que nous écoutons, „Mein Auge ist zu allen sieben Sphären zurückgekehrt“ (Du regard je retournai dans les sept sphères). Elle est basée sur Le Paradis – Chant XXII de la Divine Comédie de Dante. C'est le ténor Markus Schäfer et le pianiste Mihai Ungureanu qui l'interprètent. Née en 1953 à Bucarest, la capitale de la Roumanie, Violeta Dinescu fut d’abord diplômée en mathématiques et en physique, puis elle étudie la composition, la pédagogie musicale et le piano à l'Université Naționale de Musique, toujours à Bucarest de 1972 à 1978. Ensuite, elle poursuit des études de musicologie à Heidelberg, en Allemagne jusqu’en 1980. Deux ans plus tard, elle s’installe définitivement en Allemagne, alors Allemagne de l’Ouest. Son catalogue comprend de la musique d'orchestre, de la musique de chambre, du chant choral et de la musique vocale.

Le prochain compositeur, Benoît Menut, est Breton. Nous avons un lien affectif avec la Bretagne, point de départ de plusieurs de nos ancêtres. À propos de départ, c’est à un voyage qu'il nous convie dans l'album Les îles (Label : Harmonia Mundi) dont est extraite la pièce que je vous présente de lui. Benoît Menut se passionne pour le lien étroit entre musique et mots, ces derniers étant une source d’inspiration permanente, tant dans sa musique vocale qu’instrumentale. Le simple rythme d’un vers, d’un mot ou d’une tournure de phrase peut être à l’origine d’une idée créatrice. La pièce, Iroise pour violoncelle solo, interprétée par Emmanuelle Bertrand, est sous-titrée “Deux traversées” : un aller et un retour. D’Ar Mor (la mer, en breton), qui symbolise le doux bercement calme “du Conquet à Ouessant, mer d’huile, contemplant horizon...”, à Ar Douar (la terre), “de Molène à Brest, ballotté du corps et du cœur”.

Après la Bretagne, on traverse vers l’Angleterre où vit la compositrice Eleanor Alberga qui a aussi un lien avec les Îles, puisqu’elle est née en Jamaïque. D'ailleurs, elle revendique les deux cultures, classique et jamaïcaine, dans ses œuvres. C'est une œuvre d'elle provenant d'un album sorti en avril 2021, Wild Blue Yonder (Label : Navona), que je vous présente. L'album devait avoir une forme différente au départ, mais la pandémie a modifié les plans originaux, de sorte que deux œuvres de chambre de plus grande envergure prévues au départ ont dû être remplacées par deux performances qui avaient été enregistrées en direct. Au final, cela s'est avéré créer un ensemble plutôt cohérent - une sorte de conversation continue avec nos doutes, nos craintes et nos espoirs existentiels. Dans l'œuvre choisie pour l'émission, Succubus Moon, le romantique et le démoniaque se côtoient. Au fil des siècles, la peur de l'obscurité et de l'inconnu a donné lieu à diverses superstitions, dont l’existence d’êtres maléfiques, les Incubes et les Succubes. La pièce juxtapose la lune éthérée, tranquille et réfléchissante, à l'obscurité impénétrable de la nuit où règne la démoniaque et séduisante Succube.

La prochaine œuvre, du compositeur islandais Gunnar Andreas Kristinsson, est aussi associée à la lune, mais à un phénomène qui ne relève pas de l'imaginaire, l’arc-en-ciel lunaire. Ce phénomène optique rare est produit par lumière réfléchie par la surface de la lune. Fait intéressant, l’œuvre intitulée Moonbow fut d’abord une commande, en 2017, du quatuor montréalais Bozzini. Dans l’émission, c’est le quatuor Siggi qui l’interprète. L'album (Label : Sono Luminus) porte le même titre que l'œuvre. Gunnar Andreas Kristinsson est né en 1976. Il a fait ses études en Islande, en Allemagne et en Hollande. Sa musique se caractérise par des lents déploiements, des passages qui se transforment en douceur d'une texture à l'autre, passant d'une humeur contrastée à l'autre. Une autre caractéristique est la construction stricte, les mouvements continus à plusieurs couches superposées, les éléments musicaux étant attirés et retirés de l'avant-plan par l'instrumentation et l'articulation de la pièce. Les textures tissées tel un patchwork constituent également un trait distinctif.

Par la suite, vous entendez une œuvre pour piano de la compositrice Laura Kaminsky, née à New York en 1956. Elle est également productrice d'événements musicaux et culturels multidisciplinaires, et elle enseigne. Son catalogue comporte un grand nombre d’œuvres dont quatre opéras. L'œuvre que j'ai choisie est interprétée par la pianiste Ursula Oppens, une légende parmi les pianistes américains. Il s'agit d'une pièce pour quatre mains écrite pour Ursula Oppens et son partenaire, le pianiste Jerome Lowenthal. La pièce a été composée en 2019, en réaction aux divisions déchirantes que vivait son pays, avec en toile de fond le sentiment de vivre une période de menace profonde pour l’idéal démocratique des États-Unis. Il s'agit d'un ensemble de miniatures qui sont à la fois colère, angoisse et déroute, mais aussi espoir pour l'avenir. L'œuvre s'intitule Reckoning : Five Miniatures for America, de l’album Fantasy, Oppens plays Kaminsky (Label : Cedille).

La dernière œuvre est du compositeur Gavin Higgins, né en Angleterre en 1983. Elle fait partie de l’album Ektasis (Label Nimbus Alliance) sorti le 1er octobre dernier. Intitulée The ruins of Detroit, la pièce en trois mouvements s'inspire de photographies de lieux délabrés et abandonnés de Détroit, réalisées par Yves Marchand et Romain Meffre. Gavin Higgins est issu d'une longue lignée de musiciens de fanfare. Avant d’étudier la composition, il avait opté pour le cor. Le Times le décrit comme "audacieusement imaginatif" et pour le New York Times, il est « un talent à suivre ». Les photographies qui ont inspiré Gavin Higgins sont des exemples frappants de "ruin porn", un terme utilisé dans un sens péjoratif par les habitants qui tentent - avec un succès croissant il faut le dire - de rajeunir la ville. L’œuvre débute par une valse très lente, nous sommes dans la salle de balle en ruine d’un hôtel dont témoigne une photo qui est aussi sur le couvert de la pochette de l’album. Bientôt, le calme début est remplacé par un tumulte qui représente bien à la fois le déclin de la Ville de l’automobile et l’escalade des tensions sociales et raciales. Elle est interprétée par le trio Fidelio.

J'espère que la sélection d'œuvres présentées dans l'émission saura vous plaire. À la semaine prochaine.

 
 

Émiss
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